Mission vs. tourisme

« T’es tellement chanceux de pouvoir voyager comme ça pour ton travail! »

Combien de fois j’ai pu l’entendre celle-là. Et vous savez quoi? Vous avez raison. Je viens de rentrer de Côte d’Ivoire où j’étais en mission durant les 2 dernières semaines. Le trajet du retour a pris, à lui seul 20 heures et une fois à la maison, j’ai dormi pendant 17 heures consécutives pour avoir l’air un peu moins d’un zombie et un peu plus d’un humain.

Mais une mission pour le travail, avec tous les plaisirs glamours que ça peut comporter, n’est pas du tourisme et ça, tout ceux qui font de l’international dans leur carrière pourront vous le témoigner. Ceci dit, mon but n’est pas d’être plaint, loin de là. J’assume mon choix et je prends tout ce qui vient avec, le meilleur comme le plus difficile.

Voyons un peu, de manière objective la différence entre les deux.

Une mission, ce que c’est

c’est la chance de sortir du bureau et d’être tout-payé pour: l’hôtel, l’avion, ton temps de travail, les dépenses. Et puis, dans plusieurs cas, tu peux accumuler du temps supplémentaire pour un prochain voyage. C’est ce qui me permet de faire 2-3 voyages à chaque année et de conserver malgré tout, 5 semaines de vacances.

c’est d’aller dans un pays ou une région que tu n’aurais pas naturellement choisi. Ca te force à te documenter, à t’ouvrir et à t’intéresser à un endroit nouveau et pas nécessairement sur ta to-do list. Notamment Haiti.

c’est de parler avec les gens qui mènent le pays, les comprendre, les influencer et modestement contribuer au développement de la qualité de vie des habitants par tes projets. Ça, je l’ai vécu en allant enseigner à Haïti à des ingénieurs de leur ministère des transports

c’est de pouvoir rapporter, témoigner, faire vivre et montrer une réalité d’un pays souvent peu connu ou plutôt mal couvert dans les médias, de faire tomber certains mythes ou stéréotypes.

c’est de rencontrer des gens, une population souvent démunie, mais très accueuillante qui te rappelle que s’ils peuvent garder le sourire dans leur vie, tu peux bien arrêter de te plaindre que PK Subban a été échangé. Comme la fois où les habitants de ce petit village m’ont offert une poule en cadeau… leur seule poule.

c’est d’aller dans un endroit encore peu visité par le tourisme de grande masse et d’être ce genre de personne qui peut ensuite dire dans quelques années « moi j’ai connu ce pays à l’époque où… »

c’est de ramener des souvenirs véritables et pas fabriqués-en-Chine.

la possibilité d’amener ton/ta conjointe avec toi, si sa carrière et votre vie de famille le permet

d’accumuler des points-privilèges avec des transporteurs aériens et hôtels que tu pourras utiliser pour de prochains voyages

le plaisir d’apprendre une nouvelle langue, avec le staff de l’hôtel ou ton partenaire d’affaire local

… et ce que ce n’est pas

pas du tourisme. Tu ne choisis pas la destination. C’est le travail qui t’y amène. Tu dois t’adapter et dans plusieurs ca, pas sûr que tu voudrais y retourner par toi-même avec femme et enfants.

pas facile pour ta santé. Y a le risque d’attraper toutes sortes de maladies tropicales comme la malaria, le zika, l’hépatite. Tu dois être toujours conscient de tes actions et des risques, partout où tu vas, ou ce que tu manges. Avant de partir, une visite est obligatoire à la Clinique du voyageur. On te vaccine, on te dope, on te prescrit plein de pilules à prendre avant le départ, pendant le voyage et plusieurs jours après ton retour. Moi qui réagi même à une tylénol extra-faible, je me retrouve avec tous les effets secondaires possibles et enregistrés dont: fièvres, boutons, étourdissements, démangeaisons…etc

pas un endroit glamour, puisque dans mon domaine, c’est souvent pour la planification et la (re)construction d’infrastructures de transport. Habituellement, dans les pays confortables, ils ont déjà leurs professionnels pour ça

pas prévue longtemps d’avance. Souvent, on t’informe 2 semaines avant de partir (et parfois moins). Tu dois adapter ta vie. La fête de junior? Les billets pour le hockey? Un souper romantique avec madame? Des retrouvailles? Too bad, tu seras parti.

pas une attente agréable pour ton/ta conjointe à qui tu laisses la maison avec toutes les responsabilités, que tu mets en stand-by et qui s’inquiètes pour toi quand tu vas dans des lieux peu recommandables ou quand le skype ne passe pas

pas toujours possible de visiter. Pour plusieurs raisons. Tu ne dois pas sortir seul le soir, ou sans chauffeurs par motifs de sécurité. Ou bien, tu es en réunion toute la journée. Ou sur le terrain, (lire dans les champs ou sur le bord des routes). Et la fin de semaine, tu rédiges tes rapports de mission pour un client qui veut tout, maintenant et qui te paie bien pour le faire.

pas possible de prendre son temps ou même de l’organiser . Toute mission où un client te paie bien pour être sur place est organisée, minutée à l’heure. Et comme tu es à destination que pour quelques jours, on s’assure de te faire faire un maximum de travail. Donc c’est une succession de rendez-vous et visites. Pas pu rencontrer le directeur général ce midi? Aucun problème, tu souperas avec lui à l’Hôtel ce soir. Pas pu visiter le port cet après-midi? Tu le visiteras à 6h demain matin. Tu dois être disponible et prêt en tout temps.

pas des hôtels 5* et des classes-affaires. Normalement, la compagnie qui t’envoie n’a pas envie que tu lui rapportes une facture trop confortable. Alors on te book l’avion en classe régulière, avec souvent, les billets les moins chers – ceux qui partent à 5h30 du matin et qui te font faire 2-3 escales. Les hôtels sont honnêtes, mais l’internet est souvent très capricieux. Et les repas, conçus pour les occidentaux de passage sont plutôt gentils et tournent autour du traditionnel hamburger/pizza/croque-monsieur/spaghetti sauce bolognèse. Et une fois passée la première semaine, t’as souvent fait le tour du menu.

pas toujours social. Dans de plus longues missions, quand tes collègues sont repartis, tu restes seul derrière. Tu manges seul, tu bois seul. Une fois arrivée la fin de semaine, tu as le choix entre rester dans ta chambre ou sortir au bar/resto de l’hôtel. Et dans les deux 2 cas, tu mangeras seul, regardant les couples, les groupes festoyer tous ensemble. Tu boiras ton cognac seul à la fin de la soirée et tu rentreras gentiment dans ta chambre, pour essayer de te connecter sur skype pour parler à une face familière, en vain car l’internet sera down jusqu’au lendemain. Pour combattre ça, il faudra te mettre copain avec le staff de l’hôtel. C’est comme ça que j’ai appris le créole.

Le final

Faire de l’international, c’est une vocation. C’est la suite de tes rêves de cégepien de vouloir faire de la coopération internationale en Afrique ou en Amérique du Sud, considérant que ta vie est trop confortable et que tu pourrais aller faire la différence ailleurs.

Mais ce n’est pas pour tout le monde. Le choc à destination peut être grand. L’éloignement des êtres proches également. La sécurité, l’isolement, le rythme de vie éffrené ou le stress peut également transformer une mission en vrai calvaire.

Sachez qui vous êtes et apprennez à connaitre vos limites. Si ce n’est pas pour vous, vous n’êtes jamais obligés d’y participer et y aura toujours des fous qui voudront partir dans ces conditions.

 


5 réflexions sur “Mission vs. tourisme

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