Vacance-voyage, part II: my home, le chalutier Victor-Pleven

Tant pis pour toi Nice, je pars faire fortune à Lorient en Bretagne sud. Et comme dans les vues, une fois arrivé en Bretagne, il se met à pleuvoir. La gare est à 45 minutes de l’ancienne base nazie où est amarré le bateau.J’arrive à pieds, avec mon 4 et demi sur le dos. C’est vendredi et personne n’avait été prévenu de mon arrivée (évidemment).

Le bâteau était amarré dans une ancienne base de sous-marins allemands de la 2e Guerre Mondiale. La base avait été reprise par l’armée française à la fin de la guerre, utilisée et ensuite fermée en 1980. Donc le gazon n’avait pas été coupé depuis (ou presque), les bâtiments étaient désafectés, les vitres placardées. Enfin, le rêve.

10ok

À bord du Victor Pleven

Seul à bord

Le bâteau fait 90 mètres de long. C’est un chalutier alors il ne ressemble pas au Pacific Princess. Le staff fait quelques appels pour prévenir le patron de mon arrivée. Il avait oublié et m’a dit qu’il viendrait me porter mon contrat de travail dès la semaine prochaine. Lundi? Non, c’est congé lundi. Mardi.

La gang finie leur journée de travail, me montre une cabine qui sert de bureau, avec un lit simple et me souhaite: bonne fin de semaine! Sans aucune explication, aucune indication, aucune direction sur le bâteau.

Ils sortent, ferment le bâteau à clé avec un gros cadenas et me disent: ok, on se revoit mardi.

Criss…

Alors je dois survivre 3 jours seul, dans ce rafiot suintant, vieux, craquant, bruyant, mal éclairé et aucunenement indiqué. J’ai quelques saucissons et cannes de thons glandées ici et là, bien insuffisant pour survivre 3 jours! Mais c’est impossible de sortir du bâteau barré et je ne connais personne à qui appeler.

Je pouvais sortir de ma cabine le jour, car quelques rayons de soleil éclairait les corridors du bâteau. Mais le soir, impossible. Et puis, comment trouver les toilettes? Et surtout, comment revenir à la cabine ensuite? Et que faire pour y retourner le soir quand il fait noir? Et pour se laver?

Non, vraiment, ça a été les pires 3 jours de ma vie. Et vous pouvez imaginer que rendu à la 3e journée, j’avais plutôt faim…

Le contrat et l’administration française

Le mardi, le patron arrive enfin avec mon contrat. Sa première phrase:

« tel qu’on l’avait discuté, c’est le salaire minimum ». Sauf qu’on avait rien discuté et je prévoyais lui négocier une prime puisque je parlais anglais…

Et rajoute: « vous pourrez loger gratuitement à bord ». Non, pas question que j’ai répondu. Il m’a donc offert de squatter dans les bâtiments désafectés à l’extérieur. Bah, pour quelques jours, pourquoi pas.

J’avais l’interdiction formelle de commencer à travailler avant d’avoir reçu mon visa officiel. Question d’assurances. Et puis, le bâteau était en chantier de rénovation, avec ouvriers, outils et tout. Mais ce n’était pas suffisant pour le patron qui voulait déjà que je participe au chantier de construction – avant mon visa, sans aucune qualification, aucune assurance et pour faire de la job d’électricien ou de menuisier. N’importe quoi.

Le lendemain, on m’amène à ce qu’on appelait la ‘Direction Départementale du Travail et de l’Emploi’ pour obtenir mon visa officiel. Le processus est simple: tu donnes ton contrat et ton attestation de participant au Programme Vacance-Travail et on te transforme ça en visa officiel dans ton passeport.

Mais c’était sans compter sur l'(in)compétence de ce fonctionnaire. Il commence par me faire comprendre qu’il n’aime pas mon accent. Ensuite me dit:

  • ‘vous savez, votre visa est laissé à ma discrétion puisque nous avons quand même 13% de chômeurs en France. Vous arrivez ici en croyant prendre nos emplois?’

Je lui répond que puisqu’il s’agit d’un programme d’échange, pour chaque Canadien qui vient prendre un emploi en France, un Français arrive aussi au Québec. Il me répond:

  • ‘vous savez, en France il y a la loi mais il y a aussi ce que je déciderai. Revenez dans 1 mois et je vous donnerai ma décision’.

Je lui répond que je vais téléphonner à mon ambassade (qui n’a rien à voir là-dedans) pour qu’il règle la question. Je lui demande son téléphone, appelle à mon appartement à Montréal, fait semblant de parler à une réceptionniste pour demander à parler à l’Ambassadeur.

Le fonctionnaire me demande de raccrocher et il m’assure qui verra ce qu’il peut faire.

Le lendemain, j’avais mon visa dans mon passeport.

…suite et fin


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