Juste la fin du monde

Les Américains hésitent à confier les codes des missiles nucléaires à Donald Trump, mais n’ont eu aucun problème à me donner la clé pour lancer un missile Titan. Si on était en 1963, 30 minutes plus tard, y aurait un morceau de Russie qui aurait disparu. La question: pourquoi porter un casque durant la fin du monde?

Ca s’annonce bien!

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Je roulais gentiment d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, site de la première bombe atomique (Trinity) vers Tucson dans le sud de l’Arizona et je savais que j’étais en terre d’exploration spatiale, de missiles et de bombes nucléaires. Et puis, perdu dans mes rires en écoutant un podcast downloadé de Mike Ward, je tombe sur cette pancarte. Je me suis arrêté sec, fait demi-tour et j’ai pris cette photo.

Oui, on est bien sur la route des missiles nucléaires.

De Tucson où je logeais et en faisant quelques recherches, j’ai vu qu’on pouvait aller visiter le site « décommissionné » où on gardait secret et en alerte des centaines de missiles nucléaires dans des silos enfouis dans le sol.

C’était clair qu’il fallait que j’aille voir ça.

Avant la visite

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Évidemment, tu ne rentres pas là-dedans comme aux Galeries Rive-Nord à Repentigny. D’abord, tu passes à l’accueil où l’on t’indique que tu n’as pas le droit de porter d’armes à feu pour la visite. La boutique de l’accueil te vends des t-shirts, des tasses, des posters et des insignes qui ont rapport avec l’armée, la conquête spatiale, l’énergie nucléaire ou les bombes atomiques. On te montre des vidéos d’explosions de Trinity et du célèbre « Duck and Cover », le vidéo instructif de l’armée américaine qu’on montrait dans les classes dans les années 1950 pour te préparer en cas de catastrophe nucléaire. Penches-toi et couvres-toi qu’on chantait (pas moi, je suis trop jeune).

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C’était intéressant d’entendre les parents raconter à leurs enfants pourquoi il y avait l’escalade nucléaire avec l’URSS Je me disais qu’en plein pays de cow-boys et de patriotisme suintant, j’entendrais tous les stéréotypes sur l’URSS et qu’on aurait finalement dû les bombarder, ces cochons gras de communistes sales. Mais finalement, c’est moi qui avait des stéréotypes sur ces Américains. Car au final, ils expliquaient pas mal ce que j’aurais expliqué à des enfants. Mes excuses Sir!

Briefing Hangar 18

Et puis, l’heure de la visite commence. On nous amène dans une salle de briefing où un vieux vétéran de l’armée de 85 ans (c’est lui qui l’a dit) qui a passé toute sa vie dans le silo vient nous montrer un vidéo en noir et blanc mal-tourné sur la vie dans le silo. Malheureusement, on ne l’a pas vu jeune dans le vidéo. On a appris que:

  • tu dois être à 2 tout le temps, jamais seul à te promener dans le bunker
  • tu peux survivre 6 mois sous terre avec les réserves après une attaque nucléaire
  • tu es à 10 mètres sous-terre;
  • un missile est prêt à décoller en 58 secondes entre le moment où l’alerte sonne (un missile russe arrive), que le Président donne son ok, que le carburant soit prêt et que le missile sorte du silo
  • un avion survole les USA 24h/24h et peut donner l’ordre de lancement si la Présidence est compromise, le Eye in the Sky
  • la doctrine de la « destruction mutuelle assurée » a fait en sorte qu’on est encore ici pour en parler. C’est simple, si l’un tire sur l’autre, il recevra lui aussi des missiles et y aura pas de gagnant.

Et le plus important, si tu mesures plus que 6pieds (1,85), tu dois mettre un casque pour descendre dans le silo.

La visite

Le vieux retraité laisse la place à d’autres moins-vieux retraités très sympathiques qui vont nous guider dans les profondeurs.

img_0427On descend environ 300 marches dans ce qui semble être une cage à béton et tu passes le premier point de contrôle. L’épaisseur de la porte fait en sorte qu’elle peut supporter une explosion atomique. T’as encore le choix de remonter si tu as peur.img_0428Et puis, l’intérieur du bunker est une succession de longs corridors qui te donnent l’impression d’être dans la base secrète d’un vilain dans les James Bond de Sean Connery.

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Et si jamais tu en avais besoin, y a des vêtements appropriés pour toutes les situations.img_0439

Et c’est ici qu’on déclenche la fin du monde

Dans ce qui était le centre de contrôle, deux personnes travaillent toujours ensemble. Chacun possédant l’autorité de surveiller l’autre. Tout est alimenté à la génératrice et à la technologie circa 1956.

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Le téléphone permettait de confirmer l’ordre de lancement à l’aide de codes qui étaient bien sûr sous cadenas. img_0434

Les officiers ne savaient pas quelles étaient les cibles, mais on se doutait bien que c’était en Russie. En fonction des différents traités signés avec l’URSS et selon la doctrine de la « destruction mutuelle assurée », les missiles de chaque parti ne devaient pas:

  • êtres tirés sur les grandes villes
  • êtres tirés sur les sites militaires, afin de donner une chance à l’autre de riposter

Parce que même dans la fin du monde, il faut faire ça avec classe. Mais sérieusement, c’était un mode de dissuasion où chaque pays comprenait que s’il était le premier à tirer, c’était clair qu’il en subirait les conséquences anyway. Donc go easy sur le bouton.

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Il fallait tourner 2 clés simultanément. Et les clés étaient suffisamment éloignées pour qu’une personne ne puisse pas tourner les deux à moins d’être l’Homme-Élastique. Non vraiment, tout était prévu.

Aujourd’hui, quand on tourne la clé, y a une alarme (l’alarme originale) qui sonne. C’est vraiment freakant de savoir qu’il n’y a même pas 50 ans (mes parents étaient nés), des gens auraient pu déclencher la fin du monde d’où je suis assis.

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Pis les missiles eux?

Dans les années 1980, les populations des USA et d’URSS ont fait comprendre à leurs dirigeants Reagan et Gorbatchev que c’était assez et que la guerre nucléaire, c’était teeelleeement 1950. À la suite des traités Start-1 et Start-2, on commença à démonter une partie de l’arsenal nucléaire de chaque pays.

img_0444Et pour être certain qu’il n’y avait pas de triche, le processus était que tu détruisais un missile en mille morceau, en dehors du silo et tu laissais les pièces à vue du satellite ennemi qui pouvait confirmer qu’effectivement c’était fait. Et après, tu posais un toit en verre qui bloque la fermeture des portes du silo. Et finalement, tu devais laisser les inspecteurs de l’autre pays pouvoir venir visiter ton site, n’importe quand et sans annonce préalable.

Dans ce cas-ci, on a gardé la carcasse d’un ancien missile Titan et on s’est évidemment arrangé pour que les moteurs ne soient plus attachés après.img_0450

 


2 réflexions sur “Juste la fin du monde

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