Camp de concentration de Dachau

J’ai tellement hésité à écrire ce billet sur le camp de concentration de Dachau. Et j’ai eu des sérieux malaises pendant toute sa longue et pénible écriture … Et comme pour la dernière fois pour Tchnernobyl, ce sont encore les poils qui me dressent et les souvenirs affreux de cette visite en 2003.

Même si Dachau, c’est « soft » comparé à Auschwitz, ça m’a suffit amplement pour le reste de ma vie. Si tu ne veux pas lire la suite, je ne t’en voudrai pas. Y a des photos difficiles dont les four-crématoires et la chambre à gaz. Vous êtes prévenus. Moi, je dois aller me changer les idées après avoir revécu ces souvenirs-là.

C’était pourtant un jour d’été comme les autres

On était 4 à Munich à l’été 2003 et on avait fait pas mal le tour des attractions et bierhaus de la ville et je savais qu’on pouvait aller visiter le camp de Dachau, à même pas 1h en train de banlieue. Les autres étaient d’accord et comme l’un des 3 était plutôt turbulent, on s’est dit que ça allait le calmer. Pfff, y a rien-là, j’ai vu la Liste de Schindler plusieurs fois qu’il nous disait. On verra bien. Disons qu’à la fin, il était pas mal plus humble et discret.

Donc pour t’y rendre, c’est facile. Y a comme un train de banlieue qui t’amène au village de Dachau et ensuite, tu suis les touristes. Dans le train, ça jase, la vie est belle. Et puis, il fait une magnifique journée. Rien de semblable à ce qu’on voit dans les films où c’est l’hiver ou que c’est gris. Non, aujourd’hui, il devait faire au moins +25c avec le soleil et un ciel bleu.

Le premier des camps

Dachau, c’est le premier des camps. Ouvert en 1933, libéré en 1945, c’était d’abord un camp de prisoniers politiques. Des opposants au gouvernenemnt, des traitres, le clergé catholiques, etc. C’était, au début, surtout des criminels, des opposants, des adversaires politiques qu’on envoyait « à l’ombre »: des Allemands, des Autrichiens. Mais ça ne veut pas dire que c’était un club Med pour autant. On y a fait de la torture, on a fait des expériences médicales, on a brûlé des cadavres, tout le kit géré par les SS. Plus tard, c’était des communistes, des tziganes, des juïfs et tout et tout.

J’ai eu la chance d’aller 2 fois à Cracovie dans le sud de la Pologne et j’aurais pu aller voir le cas d’Auschwitz-Birkenau où tous les bâtiments sont encore-là, où les four-crématoires étaient des usines à brûler les cadavres, où l’on voit encore les chaussures, les cheveux, les dents en or, les bagages des malheureux qui n’en sont jamais ressortis.

Mais non, ma dose d’horreur humaine était suffisante à Dachau.

Et ca commence

Une fois arrivé à Dachau, on te donne un audio-guide et on te pointe l’entrée du camp. Pas de bla bla, pas de chichi, pas de boutique, pas de resto. Ici, on est sérieux, c’est un endroit chargé d’histoire et d’émotion. Laisse ton sourire de touriste à la porte. Anyway, tu vas le perdre bien assez vite.

Alors tu arrives d’abord par la grande porte principale avec au-dessus la tour du commandant. Déjà à cette étape, tu pouvais te faire fusilier par le sniper à partir de la tour.

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Et la célèbre « Arbeit Macht Frei » qu’on retrouvait à l’entrée de tous les camps: Le travail rend libre.

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Et tu te retrouves sur la Grande Place. L’endroit où on faisait d’abord le tri, mais ensuite où l’on (re)comptait régulièrement les prisoniers. On en abattait aussi quelques-uns pour donner l’exemple à ceux qui voulaient essayer de se sauver. Il fait beau, ca ne peut pas être si pire que ca?

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Parce que des tentatives d’évasion, il y en avait régulièrement. Soit tu te faisais abattre dans le dos par la tour de guet, déchiqueté par les chiens, ou si tu en avais vraiment, mais vraiment assez, tu pouvais aussi te jeter sur les clôtures électriques pour une mort assurée. De toute manière, même si tu réussissais à sortir, les patrouilles finissaient par te retrouver dans la foret.

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À l’intérieur

Là c’était où logeaient les prisonniers, tu te dis: bah, c’était pas si mal finalement. Pas pire qu’au camp de vacances. Mais non!  Chaque lit que tu vois, évidemment sans couverture, matelas ou oreillers était occupé par en moyenne 6 à 8 prisonners en même temps! Des prisonniers sales, pleins de pous, entassés comme du bétail après la longue journée de travail forcé.

Les toilettes elles, n’étaient que des cuvettes aucunement reliées à des tuyaux. Alors pendant les épidémies de mauvaise digestion, évidemment, ca débordait. Fallait nettoyer. Mais même avec la meilleure volontée et une mauvaise brosse, les épidémies se répandaient dans tout le camp. Alors les toilettes étaient évidemment à éviter. Et puis, comme tu ne mangeais pas trop trop…

Il n’y avait pas de chauffage l’hiver et ca peut devenir plutôt froid dans ce coin-là.

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La prison dans la prison

Tu peux aller partout sur le camp. Vraiment partout. Alors voici donc à quoi ressemblait l’une des barraques d’incarcération. Si tu étais chanceux dans ta malchance, on te donnait une « presque » cellule avec au moins une fenêtre. Sinon, tu pouvais te retrouver avec le type de chambre où tu n’as pas le choix de demeurer debout. Une forme d’auto-torture.

L’audio-guide te raconte les témoignages des prisonniers enfermés dans cette barraque. Évidemment, ils ne savaient pas de quoi on les accusait Lorsqu’ils entendaient des pas dans le corridor, c’était le stress s’ils venaient pour te chercher ou pas. Et puis, le soulagement si les pas dépassaient ta chambre. Tu pouvais entendre l’autre malheureux « choisi » crier, se débattre. Mais la seule chose qui importait, c’était que ce n’était pas toi…

Tu pouvais te retrouver dans une des salles d’intérrogatoire où l’on te faisais avouer à peu près n’importe quoi sur tes activités « criminelles » ou sur les projets d’évasion de tes collègues prisonniers. Ou sinon, et ça, c’était vraiment ce que tu redoutais, tu pouvais servir de cobaye vivant pour les expériences médicales.

Comme expériences, on pouvait:

  • te plonger dans un bain d’eau glacé pour savoir combien de temps tu allais survivre. Ça servait à mesurer le temps qu’on disposait pour aller secourir un pilote dont l’avion était abattu au-dessus de la mer du Nord
  • t’infecter avec le choléra, le typhus, l’hépatite et tester ta résistance
  • te découper une jambe ou un bras et essayer de te le recoudre
  • etc.

Rendu à cette étape-ci de la visite, tu pleures déjà dans ta tête.

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Le pire est à venir…

Bon, je dois vous avertir que la suite n’est pas agréable. Dernière chance.

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Ce n’est pas la boulangerie. La cheminée devrait te donner une idée qu’on ne faisait pas cuire du pain.

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Oui, le four-crématoire. Alors là, les visiteurs qui ont encore un peu de retenue éclatent. L’audio-guide te raconte qu’on ne se contentait pas de brûler des corps morts mais que si tu regardes attentivement les poutres au-dessus des fours, tu pouvais y voir de l’usure créée par une corde… qui servait à susprendre des individus vivants… pour les fouetter ou les perdre. Alors comme si ce n’était pas déjà suffisant comme endroit d’horreur, on pouvait aussi te torturer devant les cadavres qu’on allait ensuite brûler.

Mais d’où venaient les cadavres à brûler?

Ok, on augmente l’horreur de la visite d’une coche.

Tout d’abord, on t’envoyait dans les locaux de désinfection.

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Et puis, on t’indique que ce sont les douches…

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Et finalement, t’arrives dans la CHAMBRE À GAZ!!

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Et là, y a pas un mot qui se dit. Tu restes sur le bord de la porte. Personne ne veut y entrer. On pourrait entendre un fantôme voler. Ça sent la mort, ça sent encore le  cadavre, ça sent encore le gaz, 60 ans plus tard. On ne veut pas y entrer, d’un coup que la porte se refermerait. Et à ce moment-là, les gens de la visite ont des malaises, des nausées (moi), d’autres éclatent en larmes. Plus personne ne parle, on veut tous sortir. C’est comme si ça ce moment-là, on venait de vivre ce que des millions de gens avaient vécus. Qu’on était dans la Liste Schindler ou dans tous les autres documentaires de Nazis qu’on avait vu, en noir et blanc, d’une autre époque.

À ce moment-là de la visite, tu est seul et tu brailles.

J’avais perdu mes 3 compagnons et j’errais à l’extérieur sur les grands terrains du camp en ne comprenant plus rien à rien. À ce moment-là, tu enlèves ton audio-guide puisqu’il n’y a plus rien qui rentre dans ta tête. T’as beau en vouloir aux Nazis, aux Allemands, aux SS, aux villageois de Dachau qui « ne savaient pas ce qui se passait au camp », à Hitler… ça ne sert plus à rien. Tout ce que tu cherches, c’est un peu de bon dans l’humanité. Un peu comme à ce moment-çi du billet.

Et c’est fort à propos qu’on retrouve maintenant sur le camp, de nombreux monuments commémoratifs qui permettent de digérer l’horreur de ta visite.

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Ainsi qu’une église commémorative catholique,

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et une synagogue.

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dans laquelle un peu de lumière entrera dans la noirceur.18

FIN


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