Ma faute de protocole avec le Président français

Vous avez bien vu: le Président français Francois Hollande et votre humble bloggeur avec sa main sur son épaule. Vous connaissez peut-être la photo pour l’avoir certainement déjà vu sur mon facebook. Maintenant, vous connaitrez l’histoire de cette rencontre et de la faute de protocole que j’ai fait sur lui.

Lui ai-je dit de ne pas se représenter à la prochaine élection? Ça restera un secret entre lui et moi.

Branle-bas de combat dans la capitale

J’étais déjà à Port-au-Prince depuis 1 mois à l’hôtel Karibé quand on a su que le président Hollande, en tournée dans ses Antilles françaises viendrait faire un tour à Haïti. Faut le savoir, Haïti est la première de toutes les colonies noires de l’histoire de l’humanité à avoir été chercher son indépendance d’une puissance européenne. Alors, il reste un mélange d’admiration et d’indépendance au pays, un peu comme au Québec, même si la séparation haïtienne s’est faite pas mal brutalement de la France.

Ceci dit, la visite du président  dans la capitale est un événement en soi pour Haïti. Pas seulement pour son prestige, mais aussi pour tout le bordel que ca créé dans les transports et les déplacements. Faut le savoir, c’est tellement le bordel de se promener à Port-au-Prince que n’importe quelle petite nuisance, intempérie ou accident peut rendre tout déplacement encore plus désagréable.

Et puis, un président français, ca ne sort pas seul. Et si tu as vécu en France, tu sais que n’importe quel cortège de gens importants aiment bien bloquer les rues et faire aller les sirènes, histoire de bien se montrer.

Alors à Port-au-Prince, on a fermé les rues en conséquence et ça a rendu la capitale impossible à circuler, si c’était possible de rendre ça pire.

Au bureau à 9h svp

La veille de la visite, le monsieur du Ministère me dit que je dois absolument être à son bureau demain matin 9h, qu’on a perdu trop de temps et que ce n’est pas la visite d’un président qui va nous empêcher de travailler.

Je dis ça à mon chauffeur qui me dit que ca va être l’enfer et qu’on devra partir de l’hôtel à 7h30 du matin pour un trajet qui prend environ 20 minutes, pour juste espérer ne pas trop être en retard.

J’arrive au ministère à 8h10 et j’attends. 9h… 10h… 11h… le fonctionnaire ne se pointe pas. Il ne m’appelle pas et fait dire à sa secrétaire qu’il vient de contacter que finalement, comme il sait que ce sera le bordel pour les transports avec la venue du président, il a décidé de travailler de chez-lui.

Alors que moi, je l’attends depuis tout ce temps-là, après m’être levé aux petites heures.

Dépêchez-vous donc, le Président français m’attends!

Je décide d’aller voir un autre fonctionnaire et je lui demande des photos et rapports. Le type me dit que la copie papier du rapport que j’ai entre les mains est la seule qui existe au ministère – pas de format PDF – et qu’il ne peut pas me la laisser, même si je lui assure que je vais la lui ramener le lendemain. Rien à faire.

Il descend m’en faire une photocopie. J’attends… midi, 13h…

Je décide d’aller le rejoindre. Il était là, avec sa secrétaire, en train de me boudiner le rapport photocopié, pour qu’il ressemble parfaitement à l’original. Je lui dis que ce n’est pas nécessaire, que les feuilles straights me conviennent. Rien à faire, il veut tout boudiner.

Alors je lui dit que je dois partir, que « le Président français m’attends à l’hôtel à 14h« , avec un petit sourire. Mais il n’a pas compris la blague et m’a cru. Il m’a donné les feuilles en vitesse et je suis reparti vers l’hôtel. Anyway, personne ne va travailler aujourd’hui et le plan est d’être revenu au plus vite avant que le cortège présidentiel, peu importe où il est rendu, se remette en route.

On n’entre pas ici comme…

J’arrive à l’hôtel et on me fouille à l’entrée par les services de sécurité français. Rien de bien élaboré. On ouvre mon sac, on me scan avec un détecteur de métal. On me demande dans quelle chambre je suis. Mais je ne suis pas vraiment dans une chambre puisque je loge dans l’appartement un peu à l’extérieur de l’hôtel. Évidemment, on ne me croit pas puisque je n’ai pas de numéro de chambre. Un des doorman habituel qui me connait parce que je jase toujours avec lui en sortant quand Béatrice repart chez elle explique qui je suis et on me laisse passer.

Je comprends donc que le président est ici.

La foule venue

Le Président est sur une estrade dans la grande place de l’hôtel et pour reprendre l’expression: « c’est blanc de monde ». Effectivement, la foule est composée de sa suite et de tout ce qui existe comme expats français dans la capitale. Le mood est très stressé, comme des Parisiens-de-très-mauvaise-humeur. Y a très peu d’haïtiens, car refoulés à l’entrée. Il fait un speech à laquelle peu de gens portent attention.

Ma gang de serveurs favoris sont engagés pour le service des hôtes, visiteurs et pic-assiettes de tout acabit. Je vais les voir pour rire avec eux en créole et me disent que cette clientèle est vraiment désagréable, insupportable de snobbisme et que certains se croient effectivement au temps révolu des colonies. Mais ca, on pouvait le remarquer déjà avec les touristes habituels. Mais c’est une autre histoire.

L’approche subtile

J’ai le choix entre m’en aller dans mon appartement à l’autre bout du site (après avoir bu 2-3 verres) ou essayer de m’approcher et voir si je ne pourrais pas lui serrer la main. Et puis, je tombe sur une collègue (franco-haïtienne) de la Banque Mondiale dans la foule et on se dit:

  • « ok, le plan est le suivant, je te laisse mon cellulaire et je prends le tien. Chacun essaie de se trouver avec le Président et l’autre prends des photos ».

Le plan se met en marche

Le Président descend de l’estrade. Il se met en marche et est surveillé des deux cotés. La seule manière de l’aborder est par le flanc. Ses conseillers lui disent: ‘on veut des photos du Président avec des jeunes, trouvez-nous des jeunes! ».

Il marche droit, regarde par terre tout le temps et sert les mais à gauche et à droite, sans vraiment écouter ce que les gens viennent lui dire. Effectivement, chaque expat français qui vient lui serrer la main lui dit à peu près ceci:

  • « ahh, M. Le Président, nous représentons l’organisme YYXX et nous avons besoin d’argent pour pouvoir construire ceci/cela ».

Ahhh, ces Canadiens…

Et puis, j’arrive par le coté, je commence à lui serrer la main.  À ce moment-çi, il regarde toujours par terre. Et je me dis que je ne vais pas l’emmerder avec mes histoires d’infrastructures de transport, ni avec la firme que je représente. En même temps, je dois paraitre « officiel » pour qu’il m’accorde un peu d’attention. Alors réfléchissant pendant la fraction de seconde et avec mon plus bel accent de Repentigny je lui sors:

  • « M. le Président, l’Ambassade Canadienne vous souhaite la bienvenue à Port-au-Prince ».

(Là, je tiens à m’excuser auprès du ministère des affaires étrangères pour avoir utilisé leur fonction, mais c’est sorti comme ca dans le feu de l’action).

C’est alors que sous le regard suspicieux de son bodyguard derrière, le président se lève la tête, commence à sourire et à me secouer la main, tout en continuant à avancer (photo).

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Et puis, on marche toujours et il nous sort: « ahhh, ces Canadiens, ce sont toujours de grands partenaires de la France. Des alliés de longue date, bla bla bla… ».  Et on continue à marcher et je suis toujours à coté de lui… et il me sert toujours la main. Et il regarde toujours devant lui, comme s’il parlait à une caméra qui n’était pas là (photo).

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Bon ben on a fait le tour là

Évidemment, tout le monde veut lui parler, lui serrer la main. Et moi, qui continue à marcher à ses cotés (sans qu’il me regarde), je lui sert toujours la main et il continue à vanter le Canada. Mais là, on avait comme fait le tour et j’étais aussi convaincu que ma collègue avait prise toutes les photos avec mon cellulaire.

Alors j’ai repris ma main, je l’ai mise sur son épaule et je l’ai gentiment poussoté vers l’avant dans le genre « bon, ok, on a fini, vous pouvez continuer votre chemin sans moi, là ».

Une belle faute de protocole mais je ne crois pas qu’il s’en soit aperçu. Et puis, le cirque a continué avec d’autres gens qui viennent lui quêter des subventions pour n’importe quoi.

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Le héros de la place

J’étais plutôt fier de mon coup. Mais comme Canadien et Québécois, je n’ai pas vraiment cet attachement à la fonction présidentielle française. Oui, je comprends l’importance de la fonction, mais bon, j’avais déjà secoué la main de Justin Trudeau avant qu’il soit notre Premier Ministre au Métro Jarry et y avait pas autant de flafla.

Mais pour les collègues haïtiens à qui j’ai montré la photo le lendemain, j’étais le héros de la place. Et en leur racontant la faute de protocole, ils étaient tous surpris de mon audace et ont commencé à m’appeler M. le Président pendant quelques jours.

J’avais un autre rendez-vous avec M. le fonctionnaire boudineur et je lui ai montré la photo: « vous voyez, le Président français m’attendait vraiment! ».


Une réflexion sur “Ma faute de protocole avec le Président français

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