Le passage de la frontière Bulgarie- ex.Yougoslavie

On était en 2000, pas longtemps après la guerre en ex.Yougoslavie, juste après le bombardement de la Serbie et les histoires du Kosovo. Et y avait moi et mon ex, dans toute notre gloire, trop heureux d’aller dans l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine dans un tour organisé bulgare à 56$. Douanier corrompu à la Juicy Fruit, photo dangereuse, grosses madames qui font leurs besoins dans les champs… et c’était juste pour le passage de la frontière.

Mais pourquoi aller là?

J’étais avec mon ex de l’époque et on était en Bulgarie depuis quelques jours. C’était au temps où ce n’était pas cool d’être à Sofia… au mois d’août quand il fait +40 à l’ombre. Le pays n’avait pas vraiment pris le virage capitaliste et la désorganisation et la mauvaise humeur propre aux pires stéréotypes de l’Europe de l’est y était très confortablement installée.

Ça faisait quelques jours qu’on logeait chez l’habitant à Sofia: une mémé-qui-ne-parle-que-bulgare-ou-russe que Balkantour nous avait arrangé à l’aéroport en nous suppliant presque de booker de quoi avec eux. Quand t’as 24 ans, pas une cenne et qu’on t’offre de dormir chez une mémé-pas-de-dents-à-foulard, comment refuser? On a finalement pogné des puces de lits, mais ca, c’est une autre histoire.

On avait fait le tour de Sofia et dans un café internet, on entend parler québécois, tout à fait par hasard. Surpris, on va parler à ces dividus qui nous racontent qu’ils sont là en stage pour le ministère des affaires étrangères depuis quelques semaines déjà et qu’ils ont fait un voyage organisé bulgare qui les amenaient en ex Yougoslavie, sur les rives du lac Ohrid.

Une partie du lac appartient à l’Albanie, qui venait de sortir d’un soulèvement populaire, avec au retour, détour par Skopje, la capitale où était installée la KFOR, l’armée de stabilisation de l’ONU pour le Kosovo.

kfor

Donc tout pour plaire, c’était comme Tintin et le Lac aux Requins où une partie du lac appartient à la Syldavie et l’autre, à la Bordurie. Pour moi, c’était un argument suffisant. Et comme ca ne coûtait que 56$ par personnes, logé, transporté, c’eut été dommage de ne pas y aller non?

macedoine_arym

Coté sécurité, nos nouveaux amis nous ont assuré qu’il n’y avait aucun risque. Et puis, tu es avec 60 madames bulgares-aux-gros-cheveux, qui n’ont pas 56$ à perdre. Alors aucun risque.

On book.

16 heures de bus enfumé plus tard…

On était 4 Canadiens, mon ex, moi-même ainsi que 2 autres qui faisaient partie de l’équipe des stagiaires et qui, n’ayant pas pu y aller avec leur gang la première fois, se sont joint à nous. On avait soupçonné (avec raison) que leur groupe avait volontaire fait le premier voyage sans eux, car incapable de les supporter. Appelons nos 2 amis Guy-Guy et Serge. Guy-Guy était sans doute le type le plus fendant jamais rencontré en voyage. Serge lui, on s’étonnait qu’il n’était pas déjà mort tellement il était incapable de faire un pas par lui-même sans se perdre, avez zéro initiative ou instinct de survie.

Il y avait Didi, l’organisatrice, bulgare à souhait, qui ne parlait que… bulgare et russe et qui veillait sur nous comme ses enfants, Alexeï le chauffeur qui adorait la toune « Sex Bomb » de Tom Jones et… 60 grosses madames bulgares qui fumaient allègrement dans l’autobus style Orléans Express, avec les vitres fermées pour ne pas perdre la climatisation et créer des courants d’airs. Pour mes poumons ce fut la pire expérience de ma vie.

Mais comme le dit le dicton: « considères-toi chanceux si c’est ca le pire qui t’arrives aujourd’hui ».

Un dernier stop avant la frontière, le temps de se faire pointer une carabine dans’face

Qui dit voyage organisé, dit stop fréquents pour manger et évacuer ton manger. Alors on est à Veliko Tarnovo du coté bulgare, dans un genre de station-service/halte routière  en plein champs de foin et le soleil commence à se coucher. Je demande à l’ex de me commander un kebab et que je vais aller faire quelques photos en attendant. C’était l’époque des films 24 pauses et je sauvegardais un max de photos pour les événements spéciaux, comme être perdu en plein milieu de la Bulgarie.

Je sors à peine du terrain asphalté de la station-service et je me cherche un bon angle pour faire 2-3 belles photos, que j’entends un monsieur me faire de grands signes à la station-service. Bah, ca doit être le kebab qui est prêt…

Et puis, le monsieur commence à courir vers moi et une fois qu’il est assez près pour que je puisse le voir correctement, je remarque qu’il tient une carabine qu’il pointe vers moi.

Bon, ce ne sont pas les kebabs, visiblement.

Il me crie quelque chose comme « tziganes! tziganes! ».

Je lui répond en Bulgare (pas très difficile), « non, je suis Canadien ». Il baisse sa carabine.

Il me fait signe de revenir d’urgence, ce que je fais sans discuter. Et là, dans un anglais mixé de russe et de bulgare, il m’explique que dans les foins, sont cachés des tziganes/roms, ceux qui sont habituellement les pick-pockets dans les villes d’Europe et que sa job est de garder la halte-routière et de s’assurer qu’ils ne viennent pas nous embêter. Il m’explique aussi que ceux qui sont cachés ont l’habitude d’enlever les pauvres touristes (comme moi) qui ne se doutent de rien.

Ok ok, je n’insiste pas et je vais manger mon Kebab. Mon ex elle, m’a un peu sermonné pour mon imprudence. J’étais jeune.

Et à la frontière, le fun commence…avec le douanier

On s’était informé à Sofia s’il nous fallait, comme Canadiens avoir un visa pour rentrer en Macédoine. On nous avait plus ou moins répondu que ca dépendait du douanier sur qui tu tombais. En clair, tu pouvais faire faire ton visa à la frontière et payer le prix normal (qui était 17US$ à l’époque), payer un prix plus cher… ou te faire refuser l’entrée parce que tu aurais dû prendre ton visa à l’Ambassade avant de partir. Les Bulgares avaient peur qu’on soit bloqué à la frontière à cause de nous, puisqu’eux, n’avaient pas besoin de visa.

Alors on arrive à la frontière. Première étape, le douanier macédonien, mal-rasé et l’air blazé pas-possible rentre dans le bus avec sa mitraillette et dit en Macédonien (qui est aussi du Bulgare):

« y a personne qui aurait du chewing-gum à me donner icitte »?.

Les grosses madames qui ont peur de cet autorité nous pointent et il vient nous voir, nous dit ca en Macédonien, mais évidemment, on ne comprend pas. Il commence à s’impatienter et Didi, qui ne veut pas de trouble nous mime de la gomme, tout en s’excusant comme une Japonaise au douanier. Ok ok, on va lui en donner, pas besoin de s’énerver.

Ensuite, on lui donne nos 4 passeports et 17$US chacun. Sauf Guy-Guy qui lui, n’a qu’un 20$ tout rond.

… la fameuse photo 

Pendant que le douanier sort faire ce qu’il a à faire, nous, on sort aussi de l’autobus. Et je dis à mon ex: hey, regarde, c’est marqué en français! (photo). Alors toujours prêt pour une bonne photo, je lui demande de me poser avec la pancarte. Les madames du voyage nous voient et se jettent pratiquement sur nous, comme si nous avions commis un crime.

En fait, oui, on venait d’en commettre un effectivement. Dans plusieurs pays d’Europe de l’est notamment, il est interdit de photographier des trucs militaires ou gouvernementaux, la douane en faisant partie. La peine? Confiscation de l’appareil et peut-être, une nuit en prison de la frontière.

On s’est fait savonner d’abord en Bulgare par quelques madames qui nous ont pogné sur le fait, et ensuite par Didi en Russe, que je n’ai malheureusement rien compris.

Par chance, les autorités n’ont rien vu.

bulgarie

Retournes-toi discrètement et essaie de ne pas rire trop fort…

Ça commence à faire une bonne heure qu’on attend à la frontière et que le douanier est parti avec tous nos passeports. Mon ex décide de se risquer aux toilettes… qui sont immondes: un trou dans le sol, avec pas de portes pour fermer les cabinets et surtout, pas de papier. Elle devra se retenir et revient, dégoûtée et déçue.

Et puis, elle me dit de me retourner discrètement et d’essaier de ne pas rire trop fort. Quoi, un animal? Un Roms? Pas un zombie?

Non, une trentaine de nos madames, avec la robe relevé aux genoux, accroupies dans le champ en train de faire leurs besoins!

Trop tard, j’éclate de rire fort.

Pour 3$, tu vas fermer ta yeule, criss!

On remonte dans l’autobus pendant que je riais encore et le douanier remet nos passeports à Didi. Elle vient nous remettre les nôtres, bien étampés avec les visas et Guy-Guy lui me dit qu’il manque son 3$US de change sur le 20$ qu’il a donné (le visa coûtant 17$US). Je lui dit de laisser faire, que pour 3$ on ne va pas retarder le groupe et que tant mieux qu’on s’en soit tiré si facilement. Parce qu’ici, y a pas d’Union Européenne, t’es dans le profond de l’Europe de l’est, au sortir de guerres et pas sûr que les douaniers respectent toutes les conventions…

Alors Guy-Guy ne veut rien savoir. Il me dit que c’est par principe, que le douanier doit comprendre qu’il ne peut pas traiter les étrangers comme ca, bla bla bla.Il veut que je demande à Didi de demander au douanier de revenir pour son 3$.

Je ne veux pas déranger Didi pour ca, mais il insiste et commence à faire du scandal dans l’autobus. Didi vient nous voir et j’essaie de lui expliquer que l’autre veut son 3$. Didi lui dit que c’est pas grave, d’oublier ca. Je fais la traduction entre les deux. Il insiste et Didi commence à perdre patience. Il est 1h du matin, ca fait 16h qu’on roule et 2h qu’on est arrêté, faque son ‘sti de 3$…

Je dis à Didi que je vais régler ca moi-même. Je dis à Guy-Guy de descendre de l’autobus et à Alexei de ne pas partir sans nous. Et là, je lui dis:

  • esti d’innoncent! T’en en pleine nuit à la frontière de 2 pays d’Europe de l’est, t’es chanceux qu’on aille nos visas, y a 60 madames qui attendent pour repartir et toi, tu penses vraiment que tu vas donner une leçon au douanier?? Criss, m’a te le donner ton 3$ pour que tu remontes dans l’autobus et que tu fermes ta yeule! Si tu veux aller voir le douanier, vas-y tout seul, mais s’il te garde, on sort ton stock et on repart sans toi! C’est ça que tu veux?! L’ambassade va pas venir te chercher ici en pleine nuit!

Les madames de l’autobus nous regardaient par la fenêtre. On est remonté dans le bus, il a été s’assoir et on a pu repartir. Didi est venue me remercier plus tard et on a comme eu une connexion à ce moment-là et elle a compris que c’est Serge et Guy-Guy qu’il faudrait avoir à l’oeil.

Une dernière taxe avant de partir?

Quand tu entres en Macédoine (c’est aussi vrai dans la direction inverse), tu passes dans 2 espèces de dalots remplis d’eau qui nettoient tes pneus. Et tu as une taxe à payer pour ca. Parce que supposément que ca « enlève les bactéries, maladies et parasites » que ton véhicule pourrait transporter de ton pays.

On l’a bien ri celle-là!

 


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