Voir la Pologne, boire comme un Polonais

C’était en 2004, j’étais en stage en Belgique. Comme je faisais mon doc sur les ports d’Europe de l’est et de Pologne, mon institut belge a eu l’excellente idée de m’envoyer dans un colloque maritime et portuaire en Pologne. Le problème, c’est qu’il n’avait pas prévenu l’université de Pologne de mon arrivée triomphale. Ça et plein d’autres belles aventures polonaises basées sur la vodka, quoi d’autre?

JF et Filip dans le train polonais

Mon collègue belge du nom de Filip et moi-même sommes partis un mercredi matin de Anvers avant les oiseaux pour prendre l’avion à Charleroi à 7h30. Ils appellent ca Bruxelles-Sud mais c`est quand même a 40 minutes de Bruxelles. Mais pour le prix qu’on a payé le billet d`avion, on ne se plaint pas. Donc on s’est d’abord tapé 1h20 de train Anvers-Charleroi. Après, 2h d`avion Charleroi-Varsovie, et après, 5h de train entre Varsovie et Sopot dans le nord de la Pologne. J’avais jamais entendu parler de Sopot.
Le plaisir, une fois arrivée à la gare de Varsovie, le défi c’était de faire une réservation pour le train pour Sopot. À l’époque, les systèmes informatiques est-européens n’étaient pas vraiment facilitants. À nous deux, Filip et moi, on pouvait se démerder en français, anglais, néerlandais, allemand et un peu de russe. Malheureusement, rien de tout ça ne pouvait nous servir devant les madames aux guichets dont les cheveux sont restés dans les années 1980. Je ne sais toujours pas comment on a réussi à trouver le bon train.
Durant la première partie du trajet, y avait deux dames dans notre compartiment et un vieux polonais. Il a attendu que les dames sortent du train, pour nous sortir une bouteille d’alcool rouge. Il ne parlait pas anglais, mais nous a montre que c’était fait-maison en se pointant et en pointant fièrement la bouteille et que c’était plus fort que les 40% de la vodka ordinaire indiqué sur l’étiquette. Vous pouvez imaginer qu’en bon polonais, il nous a offert un shooter.
Si tu lis n’importe quel guide de voyage c’est toujours bien indiqué: qu’il ne faut JAMAIS accepter d’alcool d’un inconnu dans un train. Encore moins en Europe de l’est, encore moins d’une production maison, encore moins quand t’es seul dans ton compartiment. 
C’est le plus vieux truc du monde, avec celui de l’inspecteur de porte-feuille vécu en Ukraine.
Bah, on est deux et on est jeunes. Et puis, le film Hostel n’était pas sorti encore, on ne savait pas vraiment comment mal ça pourrait tourner. Et de toute façon, on a rien à nous voler, on est 2 étudiants fauchés et paumés. Alors j’ai laissé Filip prendre le premier shooter. Il n’est pas devenu aveugle, il n’a pas souffert, il ne s’est pas mis à vomir. Alors j’ai pris le mien aussi. Fort, mais bon! Le Polonais voulait toujours nous en redonner, mais hey, on était debout depuis 4h du matin et on avait presque rien mangé!
On a dormi le reste du trajet. Non-pas à cause de l’alcool drogué mais bien parce que la ride était monotone, qu’il faisait chaud dans le wagon et qu’on s’était levé avant le soleil.
Etes-vous certain de savoir où vous allez, professeur?
En train, on passe d’abord Gdansk, ville connue pour Lech Walesa et Solidarnosc. Pour les milléniaux, c’est le syndicat qui a tenu tête au gouvernement socialiste de l’époque en 1980 et Lech Walesa, un plombier à la tête des rebelles est ensuite devenu président de la Pologne après la chute du communisme. C’est aussi une ville qui a été détruite par les nazis et les soviets pendant la guerre. Enfin, un endroit où tout le monde descend.
Et puis, y a nous, qui doivent descendre à Sopot. On ne savait même pas si c’était vraiment le nom d’une ville ou si c’était un mot en polonais pour dire genre: descente ou arrêt. Je m’étais fait prendre sur l’autoroute en Allemagne, avec les panneaux « Ausfahrt » qui revenaient si souvent. Je pensais que la ville Ausfahrt était vraiment grande avec toutes ses sorties… jusqu’à ce qu’on m’explique que ca voulait justement dire: sortie.
Mais je divague.
On descend à quelque part qui semble être Sopot. Le quai est minuscule. T’as l’impression d’être dans un mauvais film. Y a personne sauf un être suspect au loin. C’était le professeur Janusz Zurek nous attendais sur le quai.  C’est lui qui a organisé la conférence. On ne savait pas quoi il avait l`air, mais ils nous a reconnu, moi et Filip. Facile, c’était le seul vieux du quai, avec nous, deux jeunes de 30 ans.
On monte dans sa voiture. J’espérais une Lada pour continuer l’ambiance, mais non. Une Volks. Donc, il nous amène à notre hôtel. Wow, le luxe, un 3 étoiles, avec chacun sa chambre! Presque gênant, j’étais habitué comme étudiant, au motel-4-par-chambres-avoir-toilette-sur-l’étage. Mais la joke, c`est que le professeur est un peu distrait. Il s`est trompé de chemin pour y aller de la gare à l’hôtel (5 minutes en voiture), alors qu’il vit là. Il a tourné à l’envers dans un sens unique  et en arrivant à l`hôtel (où il logeait lui-aussi et d’où il était parti voilà 20 minutes),  il a sonné à la mauvaise porte, dérangeant ceux qui vivent à coté de l`hôtel.
On s`est promené un peu le soir dans Sopot, qui fait parti de la région des tri-cities, avec Gdansk et Gdynia, sur la mer Baltique. Faisait froid, humide, brumeux, comme chez nous en octobre. C’était l’automne.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ils ont des plages sur le bord de la Baltique où on doit se baigner max 3 semaines par année, avec un quai qui avance dans la mer.
sopot-13
Mais comme c’était le soir et qu’on était fatigué, on a été manger dans un resto style-américain à la demande de Filip, où, on ne le savait pas, c’était des espèces de serveuses sexy polonaises habillées en cow-girls. On était les seuls clients de la place, ça donne une idée de la loucheté d’un tel établissement qui pouvait recevoir au moins 75 clients et qui se présentait très bien de dehors. Évidemment, on est tombé dans la vodka avec les cowgirls, à 10 cennes la shot.
sopot-22
D’abord le ministre polonais des transports, ensuite toi (moi) 
Le jeudi, on avait une entrevue au port de Gdynia. Rien de bien excitant a vous raconter la-dessus. Si ce n`est que le boss de l’autorité portuaire nous aimait bien. Alors on a fait le toast de l’amitié avec lui, à la vodka. De retour à Sopot,  j`ai préparé mon powerpoint et dormi tôt avec la promesse de slacker sur la vodka.
sopot-24
Le vendredi, c’était le jour de la conférence. Le professeur Zurek avait oublié de me dire que comme il y avait des absents et que je n`étais pas au programme, je devais passer premier, enfin, deuxième, après le discours d’ouverture du ministre polonais des transports (en polonais). Ouin….
Ma présentation portait sur les ports de Gdynia et de Gdansk et la concurrence des autres ports en mer Baltique. Et là, j’avais les autorités portuaires… de Gdansk et de Gdynia dans la salle, prête à me casser si je disais quoi que ce soit d’innaproprié.
Alors je commence: « je suis Canadien, je viens vous parler… de vos ports »…
Je termine ma conférence, je demande s’il y a des questions. Toute la salle retient son souffle et a les yeux tournés vers les port de Gdynia et de Gdansk… Aucun commentaire.
gdansk-1
La session se poursuit et c’est au tour des ports de Gdynia et de Gdansk de présenter. Et… de dire constamment: « comme le Canadien l’a mentionné… bla bla bla ». Ouf, j’étais safe.
À la pause, la femme représentant Gdansk m’offre d’aller visiter ses installations (porturaires). En même temps, l’homme représentant Gdynia m’enlève d’elle et m’offre d’aller visiter leurs installations. On me demande si je ne voudrais pas être consultant.
Payés avec votre monnaie nationale? Nahhh, merci, répondis-je. On a tous ri.
Pendant que vous restez dehors, on va aller voler vos femmes
Y a eu un banquet après la conférence. Y avait des polonais, des croates, des finlandais, des belges et un canadien (moi) dans la salle de bal. C’était un banquet officiel avec le recteur de l`université de Gdanks (assis a cote de moi et qui parlait a peine anglais au début du souper). On a mange (trop) et on a jase en allemand, en russe, en anglais, en français. On fait des toasts et hop, une vodka de bue… et une autre… et une autre…
C’est bien joli tout ça, mais Filip et moi, on est jeune et on veut aller veiller. Alors on est sorti s’encanailler dans une discothèque pas loin de la plage. Dehors, que des slaves aux-cheveux-rasés et aux gros-cous. Le look bodyguard de mafieux russe. Évidemment, ces machos ne vont pas à l’intérieur danser.
Alors Filip et moi, on se retrouve dans’place, en se demandant s’il n`y a que des top-modèles dans ce pays-là. Comme les gars sont tellement machos et restent dehors, les femmes étaient seulement trop heureuses de pouvoir danser avec nous. Et avec la monnaie locale, on était des millionnaires alors on pouvait subvenir à leurs besoins en alcool… jusqu’à ce que les gros-cous découvrent qu’on était en train de « prendre le contrôle de la place » sans eux. Quand ils sont rentrés dans le club pour venir s’assoir à notre table avec les blondasses et qu’ils ont commencés à boire à même leurs verres, c’était notre signal pour qu’on décrisse gentiment.
Je ne sais pas comment on s’est rendu à l’hôtel, mais parait qu’il y a un dieu pour les étrangers-pleins-de-vodka.
Le bar de l’aéroport de Varsovie
On se tape l’avion pour revenir à Varsovie de Sopot. Et c’est le dernier soir et on est à l’hôtel de l’aéroport et il n’est que 19h00. On fait quoi? On descend au bar, d’un coup qu’il y a une nouvelle sorte de vodka.
C’était le cas: Belvedere. Maintenant en vente à la SAQ.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s