Au sud du sud, le Kyushu

Aller dans le Kyushu, c’est comme aller en région: l’air est frais, les gens sont relax, les néons sont moins éclairés et il n’y a pas d’Actarus-à-bord-de-Goldorak, Le Kyushu est fier de son passé industriel et de sa relative ouverture sur le monde (un peu forcée mais bon…). C’est un peu comme aller en Mauricie: l’histoire industrielle d’un pays, de beaux coins naturels, un accueil sympathique mais faut pas s’attendre aux charmes du Vieux-Québec, ou dans ce cas-ci, de Kyoto.

Histoire + géographie + économique

Si je remonte en arrière d’environ 500 ans, le Japon était en fait un paquet de petits royaumes régionaux n’ayant pas grand chose en commun et géré à la tête par celui qu’on appelait le « Shogun », soit le grand général, souvent tyranique. Et ce régime ressemblant au Moyen-Age en Europe s’est continué pendant des décennies et centenaires, contrairement aux Européens qui, avec les grandes explorations maritimes, ont connu la Renaissance et le siècle des Lumières. Ce qui fait qu’en 1850, alors que la révolution industrielle battait son plein en Europe et en Amérique, le Japon lui, était encore à l’âge agricole.

Et c’est lorsque qu’une flotte de navires américains du commandant américain Mattew Perry, armée des plus récentes technologies navales et de guerres est arrivée à Nagasaki vers 1853, que l’Empereur du Japon s’est bien rendu compte du retard de son pays dans pratiquement tous les domaines.

Commodore_Perry's_second_fleet

Perry et ses « black ships » (le nom que les Japonais ont donné à la flotte puisqu’elle était à vapeur et rejetait du carburant par ses cheminées, une nouveauté ici) a pris le contrôle sans difficulté de Nagasaki et a force ce persuasion et de démonstration de force (gunboat diplomacy), a forcé le Japon à s’ouvrir au commerce extérieur aux USA et non-plus seulement aux Hollandais et au Chinois, selon des conditions pas très justes, ce qui ressemble au coup que les Occidentaux ont fait à Shanghai et à Xiamen, comme je l’écrivais dans les précédents billets. Mais devant une telle supériorité technologique et militaire, c’était pas mal le prix à payer pour 200 ans d’isolation et de regardage de nombril.

Donc l’Empereur a mis fin au régime des Shoguns (non-sans frictions, avec un guerre civile dans la région) et a lancé le Japon, dès 1868 dans sa « révolution tranquille et industrielle »: fini les privilèges des seigneurs régionaux, abolition des classes de samurais, l’école pour tous, une armée centralisée, la création d’un vrai gouvernement central fort, l’unification du pays. Tout ça s’est accompagné d’une tournée mondiale d’une délégation japonaise venus pour « apprendre » l’industrialisation aux USA et en Angleterre. Et en même pas 20 ans et en appliquant les principes appris à l’étranger – mais toujours à la sauce japonaise – le Japon a passé d’une société féodale et agricole à un moteur économique industriel de premier ordre. Ils referont le coup après la 2e guerre mondiale, pour devenir la puissance économique qu’on connait aujourd’hui.

Et c’est dans le Kyushu que tout ça a commencé et c’est ce qu’on appelle ici la période de restauration Meji.

Ceci expliquant cela

Que ce soit à Fukuoka, Nagasaki, Kumamoto ou Kagoshima, les principales villes du Kyushu, on te présentera toujours les attractions reliées à l’industrialisation:

  • ici, le premier port moderne,
  • là, le premier train vapeur,
  • la première ligne de montage d’usine

etc etc.

C’est pour ça que dans le Kyushu, on ressent le passé industriel, la simplicité et la distance face au pouvoir politique et culturel de Tokyo et de Kyoto. Ici, les amoureux se tiennent la main en public, ce que tout bon japonais ne ferait jamais dans le reste du pays. Les villes ne suintent pas de néons, d’affiches de jeunes filles, de mangas, de robots futuristes. C’est davantage… hmmm… modeste, mais pas dans le sens de pauvre.

Bien sûr que tu es toujours au Japon, ils demeurent tous polis, réservés mais… se courbent moins pour saluer, s’excusent un peu moins, parlent un peu plus fort, rient et sourient en public et parlent -un peu- plus l’anglais.

L’itinéraire classique de Fukuoka, Nagasaki, Kumamoto, Kagoshima 

Avec ces 4 villes, que tu peux rejoindre en moins de 2h en train si tu pars de Fukuoka au nord, tu auras pas mal vu le Kyushu. Ce sont des villes où tu viens vivre, pas nécessairement que tu pars de Montréal, te tape 13heures de vol pour venir explicitement visiter. Mais comme j’étais dans le coin et que je suis un fan inconditionnel du Japon…

À Fukuoka, c’est la « grande ville », avec tout ce que ca comporte. Mais tu n’es pas à Kyoto ou Tokyo ici, alors les temples majestueux, les geishas, les robots et godzilla, tu ne les rencontreras pas. C’est une base pour préparer tes nombreuses excursions. Quelques trucs sympathiques en cours de route, quand même.

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Dans le centre commercial qu’on appelle Canal City et qui ressemble à un centre commercial à ciel ouvert qu’on retrouve à San Diego, on est fier de préparer tout bol de ramen que tu peux désirer.

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Et comme en Corée du Sud et particulièrement à Busan qui est juste de l’autre coté de l’eau, la ville est reconnue pour ses comptoirs-bouffe-de-rue (yatai) où tu peux manger les meilleures brochettes (yaki-tori), boire de la bière et -je dis bien- essayer de rentrer en contact avec les gens. Parce qu’ici, t’as beau être en terre décontractée, le contact entre les Japonais et les gaijins demeurent toujours difficiles. Autant parce qu’ils sont timides et gênés de ne pas être à la hauteur en anglais, autant ils peuvent ne pas aimer les étrangers (faut pas oublier que 99% du pays est d’origine et qu’ils sont sortis de 300 ans d’isolation et de 2 bombes atomiques larguées par des Blancs).

Mais comme il pleuvait pas mal tous les soirs… pas de photos malheureusement.

Pour Nagasaki, à 2h de train de Fukuoka, tu as deux choix: le Vieux-Port et le Peace Park et le memorial de la bombe atomique. Eh oui, Nagasaki, la première ville de commerce ouverte du Japon a été a 2e à se faire larguer une bombe atomique dessus, 3 jours plus tard qu’à Hiroshima. Si Hiroshima vient en tête naturellement quand on pense à la bombe atomique, Nagasaki restera toujours l’éternelle deuxième. Et je crois qu’elle l’a comprise parce que quand tu arrives à la gare de Nagsaki et que tu te rends au kiosque d’information touristique, ce qu’on te présente d’abord, ce sont les attractions en lien avec le passé industriel, bien avant celles reliées à la bombe atomique. Tu peux d’ailleurs visiter la maison d’un ancien industriel écossais, Sir Glover, qui a amené son savoir-faire industriel anglais à Nagasaki. C’est un peu le riche noble de la ville, ce qui est encore plus surprenant pour un Japon normalement si… Japonais. Qui plus est, à l’extérieur du port de plaisance et du vieux-port, c’est effectivement ça: une ville industrielle des années 1850. Une journée maximum.

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Kumamoto est à 30 minutes de Fukuoka en train. La ville possède l’un des 3 plus beaux châteaux du Japon. Mais un tremblement de terre en 2016 l’a sérieusement abimé et il est fermé pour reconstruction. Évidemment, on ne l’avait pas dit. Alors tu en fais le tour de l’extérieur et tu t’en vas, ce que j’ai fait.

Pour te rendre au château, tu dois d’abord passer par l’habituel quartier commerçant.

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Avant de pouvoir apercevoir les tourelles du château.

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Kagoshima, c’est la fin de la ligne de TGV du Japon. Plus loin que ça, tu tombes dans la mer. Bon ok, y a encore quelques lignes locales pour descendre plus au sud, mais vous voyez le genre. On la surnomme la « Naples » du Japon car elle fait face au volcan Sakurajima, sur une ile à 15 minutes du ferry. Quand tu arrives à la gare de Kagoshima-Chuo (le terminus), les attractions et le port ne sont pas à coté. Alors tu montes dans le bus touristique qui fait le tour des attractions perdues dans la ville. Et parmi ces attractions, des églises catholiques et anglicanes, qui témoignent du passé international et commercial de la région avec l’Europe et les USA.

Mais la principale attraction de Kagoshima, hormis l’achat de son excellent thé vert produit localement, c’est la visite du volcan Sakurajima.

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Ca demeure le Japon alors c’est très facile de t’y rendre par ferry, qui prends 15 minutes. Une fois sur l’ile, tu te rends compte qu’elle est effectivement habitée même si le risque volcanique est bien réel – il a été en éruption pour la dernière fois en 1914.

Tu peux te louer une voiture pour faire le tour de l’ile (yeah right!) ou prendre le bus touristique pour même pas 5$. Bon, il ne fait pas le tour au complet, mais comme toute bonne attraction japonaise, le bus fait plusieurs arrêts aux spots stratégiques, te laisse entre 5 et 10 minutes pour prendre des photos et repars quand tout le monde est revenu à bord.

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Bien sûr, si tu es le dernier à monter à bord, tu dois « t’excuser » au groupe pour l’avoir fait attendre. C’est ca mon Japon!


Une réflexion sur “Au sud du sud, le Kyushu

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