Bornéo: Welcome to the Jungle

Si tu viens à Kuching, dans le Sarawak sur l’ile de Bornéo, tu te dois d’aller faire un tour dans la jungle. Si la nature le veut, tu vas croiser des lézards, des crocodiles, des nasiques, des macaques et des Chinois qui n’ont aucune idée de ce qu’est la jungle.  Les tribus de chasseurs de têtes eux, ont arrêté leurs activités après avoir fait la passe aux Japonais durant la 2e guerre, donc aucun risque de les rencontrer ces jours-ci. Tu viens ici pour écouter, grimper, t’émerveiller et suer tes péchés.

De Kuching à Bako Bazaar

Pour venir à Bako Park à partir de Kuching c’est très simple. Tu marches jusqu’au marché en plein air (environ 10 minutes de la promenade), tu montes dans le bus rouge #1 (environ 1$, 3,5 ringgint) et environ 1 heure plus tard, tu es dans le village de Kampung Bako, aux portes du parc (le terminus de la ligne). Mais tu n’es pas arrivé pour autant, tu dois prendre 20 minutes de bateau, que dis-je, de chaloupe à moteur sur la rivière pour te rendre au début de la jungle. On y monte à coup d’environ 5-6 personnes. Normalement, tu dois porter une veste, mais notre chauffeur à l’aller n’en avait juste pas. Il nous dit simplement de ne pas laisser trainer nos mains dans l’eau et de ne pas chavirer…ce qui est loin de me rassurer comme plan.

De la terre à la jungle

Au début de la ride, pendant que tu es dans l’eau, tu as une vue imprenable sur le village. Et si tu es comme moi, tu espères vraiment revenir en un seul morceau. Parce qu’on raconte tout plein d’histoires sur ce coin-là dans le Let’s GO Bornéo: un enfant se serait fait dévorer par un crocodile, un adulte aurait été piqué par quelque chose, un autre serait tombé à l’eau et se serait fait emporter par le courant. J’en passe et des meilleures.IMG_8909Par chance, l’aller s’est fait sans histoire, parce que je n’aime pas ça quand ça secoue, qu’on n’a pas de veste et qu’il y a des crocodiles dans le coin. Environ 20-25 minutes plus tard, nous voilà sur une plage. Ah oui, il pleut depuis ce matin, ce qui te donne vraiment le feeling d’être dans Apocalypse Now où tu voudrais mitrailler les bateaux que tu croises (ou c’est peut-être juste moi).

On va vraiment marcher là-dedans?

C’est la marée basse et le chauffeur du bateau, en marin expérimenté nous dit qu’il ne pourra pas nous amener jusqu’à la jetée et qu’il faudra faire le reste à pied en débarquant directement dans l’eau et marcher jusqu’à la plage. Hmmm, ouin. Ok, on enlève les sandales, on descend dans l’eau boueuse, il pleut encore en masse et on se retrouve sur la plage où il n’y a rien, ni personne, sauf moi et deux backpackers chiliens aussi perdus et loin de chez-eux que je pouvais me sentir à ce moment-là. C’est loin d’avoir l’air paradisiaque, oh que non!

IMG_2057IMG_2058IMG_2061La Planète des Singes

La plage est déserte en ce moment car elle n’est pas vraiment accessible aux baigneurs, en raison de vous savez-quoi et parce qu’on est à marée basse et on voit davantage de gens qui courent pour attraper leur lift de retour que de baigneurs ou de bronzés. IMG_8897

Et pendant un moment je me suis demandé si je n’avais pas été transporté dans le futur, où les singes règneraient sur la Terre et qu’au tournant de la plage, je tomberais sur la Statue de la Liberté et où je pourrais maudire l’humanité, à genoux dans l’eau comme Taylor à la fin du classique de 1968. Hélas – ou heureusement – non.

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pota-statue-of-liberty-2Comment ça fonctionne?

Quand t’as fini de te prendre pour Charlton Heston sur la plage, tu trouves ensuite le petit chemin qui t’amène au centre  où tu dois d’abord t’inscrire comme visiteur, dire à quelle heure tu veux repartir (si tu ne restes pas à coucher dans les différents lodges) et quelle piste de trek tu comptes suivre. On te fourni des cartes (ou plutôt une photocopie papier noir et blanc avec un trajet au crayon marqueur) et juste à coté, il y a un petit resto-terrasse où manger des plats cuisinés de base et boire un coup. C’est là que tu te prends de l’eau pour le trajet, ce que je n’ai pas fait, en bel imbécile que je suis (explications plus loin).

IMG_2064Le centre t’indiquera les pistes qui sont fermées et les autres nouvelles d’intérêt publique. À voir la date de la note (juillet 2015), ils ne l’ont vraisemblablement pas capturé, le vilain.

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On te suggère ensuite quelle piste tu devrais suivre, selon le temps dont tu disposes et te voilà parti. Dernière chose: on t’explique que ce n’est PAS sûr que tu vas voir des singes-aux-gros-nez parce qu’il a plu et que, comme les humains, ils préfèrent demeurer au sec. Mais on t’assure que tu vas croiser des macaques qui sont un peu trop habitués aux humains.

J’ai choisi celle qui n’a que 800 mètres. 800 mètres, ça se court en moins de 3 minutes sur une piste plate, alors pourquoi ont-ils suggéré 1 heure de marche pour l’aller et le retour, me dis-je, niaiseusement? Pas besoin d’eau, je serai de retour dans 20 minutes et je boirai à ce moment-là avant de repartir pour une autre piste. Comme ça, pas de poids supplémentaire à transporter dans mon sac.

How wrong…

En route – les lodges et les macaques à longues queues

Après avoir quitté le camps, tu croises d’abord les lodges où tu peux y passer la nuit (en dortoir). On suggère de le faire parce que:

  • la nuit, les chats sont peut-être gris mais les animaux sortent aussi;
  • c’est au début du matin et en fin de soirée qu’on nourri les nasiques et donc les meulleures chances de les voir;
  • tu peux admirer tout une faune différente, de jour comme de nuit.

Mais moi, une journée dans la jungle c’était suffisant et puis, c’était déjà booké.

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Qui dit présence humaine à proximité, dit… macaques. On t’averti plusieurs fois de faire attention à ton sac et à ne rien pointer dans leur direction (un bâton par exemple). Ces p’tits vilains n’ont aucun complexe face aux humains et peuvent venir t’enlever ta nourriture directement dans tes mains. Si tu as un sac qui pourrait contenir de quoi à manger, ils vont venir te le prendre aussi. Ils sont vites, ils sont rusés et peuvent êtres agressifs. Si tu veux tordre le cou d’un de ceux trop violent, bien à toi… mais les autres vont revenir avec le reste de la gang et c’est toi qui va y goûter. Donc prudence.

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Ensuite, la mangrove

Le chemin pour rejoindre les pistes de la jungle te fait ensuite passer par le premier écosystème: la mangrove. Un genre de marécage où seulement quelques bouts d’arbres et de racines survivent à l’eau très saline qui monte et descend selon les marées. Ça pourrait faire penser aux bayous de la Louisiane. Et c’est là que les crocodiles trainent habituellement en marée haute. Heureusement, une passerelle te permet d’enjamber le tout au sec. C’est aussi sinistre que ça en a l’air, mais l’écosystème joue un rôle très important de zone tampon entre l’eau saline de la mer et la forêt tropicale luxuriante juste à coté. Parce qu’évidemment, toute est dans toute.

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Marée basseIMG_8869

Marée à la hausse, 3 heures plus tard

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Et le début de la jungle

Le pont de bois suivant marque le début de la Jungle. S’il pleuvait encore au moment d’y entrer, les arbres et les feuilles permettent de se protéger un peu. Et c’est là que le trek commence. Si parfois quelques marches ou passerelles étaient présentent, le plus souvent, il fallait escalader les roches avec l’aide des racines et des lianes.

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Quelques rencontres pas toujours exotiques

Des fois, tu croises des humains qui vont ou reviennent du trek. Car ce ne sont pas des boucles: tu dois obligatoirement revenir au point de départ, le centre.

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J’ai aussi croisé une gang de Chinois. Et ce n’est pas dans mon habitude de rire des gens mais-là… Les femmes étaient habillées en robes et souliers dignes d’aller veiller dans un club ou magasiner sur les Champs Élisées. L’un de monsieur lui, avait un bébé qui ne devait même pas avoir 1 an, accroché dans son dos. Et tout ce monde-là parlait et faisait du bruit comme un troupeau, se plaignant (je pense, je ne parle pas encore très bien mandarin) de l’escalade et des moustiques.

Mais quand tu es seul, vraiment seul avec ta conscience et la jungle, tu peux entendre les bruits des oiseaux et des insectes. On dit de porter attention au craquement des branches, qui annoncent habituellement qu’un nasique est dans le coin.

Ben non. Personne n’en a vu cette journée-là.

Le plus exotique que j’ai vu, c’est ce gentil lézard. Même pas un oiseau, même pas une araignée, rien d’autre. Mais c’est normal, c’est la nature qui décide et quand il pleut jusqu’à midi et qu’ensuite, il fait chaud comme dans un sauna, les animaux restent au sec et au frais. Et puis, ce n’est pas la jungle amazonienne comme on l’imagine habituellement, avec des perroquets et des oiseaux de couleurs.

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800 mètres plus tard…

J’ai fait mon aller-retour dans la jungle comme un vrai réducteur de tête! Le tout m’a pris effectivement environ 2 heures, comme c’était prévu, parce que ça grimpe sans arrêt, d’où l’effort et le temps nécessaire…  mais sans eau – quelle mauvaise idée – ça m’apprendra à douter. La serviette que j’avais apportée pour m’éponger était complètement mouillée à ma sortie (triomphale) de la jungle

IMG_8894Je suis ensuite passé au centre me prendre à boire et me suis ensuite installé sur la plage et j’ai bu mon 1,5 litre d’eau en 20 minutes, en attendant l’heure du retour, tout en me pinçant d’être vraiment ici.

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Retour houleux

Ce qui devait être une ride de bateau gentille de 20 minutes comme au début ne s’est pas vraiment passée comme ça. Rendu à 15h, c’était la marée haute et il y a avait du courant et des vagues. On est 8 à bord de la chaloupe et il n’y a que 6 vestes, que le chauffeur insiste qu’on porte. Je suis en arrière, sur le coté droit qui donne sur le bord. Et on part. C’est comme être en rafting sauf que l’eau est chaude et salée et que si tu passes par dessus bord, y a des crocos qui t’attendent. Impossible de nager jusqu’à la rive. On croise une chaloupe dont le moteur est en panne (mon 2e cauchemar après tomber à l’eau) et on reçoit des vagues à go-go. Impossible de te garder les yeux ouverts à cause des rafales d’eau salée que tu reçois. Personne n’aimait ça.

IMG_8899Alors on arrive enfin à Bako complètement, mais complètement trempés. Mes shorts n’ont même pas fini de sécher, 24h plus tard à cause du sel. Par chance, mon sac à dos qui était complètement mouillé a protégé ma caméra, mon porte-feuille et mon cellulaire.

Shut up and take my money!

Et puis, il fallait attendre le bus pour rentrer à Kuching, mais personne ne savait à quelle heure il allait passer. Alors je me suis mis à faire le tour du village de Bako, pour faire quelques photos, sécher au soleil et oublier la ride de bateau.

IMG_8907Je me suis dit que je trouvais ça étrange, qu’en ce pays où chacun fait ce qu’il peut, que personne ne soit venu nous offrir sa voiture/camionnette pour un transport jusqu’à Kuching, histoire de court-circuiter le service d’autobus et faire quelques argents faciles. Parce que c’est tellement ça qui arriverait en Europe de l’est, à Haïti, dans le sud de l’Italie ou en Afrique. On devait être au moins 30 personnes qui attendaient le bus: la belle clientèle captive!

Et c’est par miracle (et parce que je mène une bonne vie, faut croire), qu’un type avec sa camionnette climatisée à 9 places est arrivé et nous dit: ride for Kuching, 10 ringgint each, 30 minutes, departure when full.

Et nous bullshit un peu en nous disant que c’était pas certain que le bus va passer.

Tais-toi man, tu nous a déjà comme client! À même pas 3$! J’embarque.

Mais y en a d’autre qui semblent hésitants.

« Tsé, d’un coup que… » qu’ils disaient. Je leur explique que ce genre de transport là est tout à fait normal dans ces pays où chacun fait ce qu’il peut pour survivre. Et puis, la camionnette est propre, on a tous un cellulaire en cas de problème et surtout kessé tu veux qu’y nous arrive anyway? On est 9 et on peut s’occuper de lui au pire… Et crottés comme on est, c’est quoi l’intérêt de nous enlever ou essayer de nous voler (y volerait quoi, anyway?). On trouve 9 personnes, on part. Y en a qui disent qu’ils préfèrent attendre le bus et sauver 2$, c’est leur choix. L’air climatisé au max, 30 minutes plus tard, le chauffeur nous dépose chacun où l’on veut dans la ville et prend notre 3$ avec le sourire.

Parce que c’est ça la Malaisie.


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