Oman part i: Muscate et Rustaq

Dans le coin, Oman n’est pas aussi connue que ses célèbres voisins: l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Yémen ou Dubai et Abu Dhabi. Et pourtant, dans ce pays d’Allah, du Sultan et de la soif, c’est comme venir dans les royaumes du pétrole, mais avant qu’ils le découvre. Ça donne un pays arabe, avec sa tradition d’accueil, des chameaux, des forts, des déserts, des souqs à épices, à dattes et pistaches et à parfums, des palais, des mosquées et même un Tim Horton’s!

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Ne part pas d’ici qui veut

Ça faisait un moment que je voulais venir à Oman, voir les Arabes dans leur pays. Évidemment, j’avais vu Dubaï et Abu Dhabi, mais c’est ici, à ce qu’on dit, qu’on retrouve la vraie âme arabe qui n’a pas été corrompu aux joies des pétrodollars, avec des gens parlables et tolérants envers les étrangers. Aux alentours, le Quatar est riche mais moins ouvert, le Bahrein est pas mal plus conservateur, le Yémen est en guerre civile depuis toujours et l’Arabie Saoudite, on n’y pense même pas.

Alors pour les Canadiens, tu peux acheter un visa à l’aéroport pour pouvoir rentrer à Oman. Mais quand tu prends un vol cheap par Sri Lanka Airlines à partir de – pas le Sri Lanka – mais bien Singapour, le staff de la compagnie aérienne à l’aéroport te regarde bizarrement et ne sont pas certains de vouloir te laisser monter à bord car ils savent que si tu es refoulé à la douane d’Oman, on te mettra sur le vol de retour aux frais du transporteur, qui va évidemment te faire payer la note.

Alors quelques négociations et explications ont dues être nécessaires à Singapour au comptoir de Sri Lanka Airlines pour leur expliquer que – contrairement à eux, Sri Lankais – je pouvais obtenir un visa à l’arrivée à Muscat Et que les autorités omaniennes n’ont certainement pas peur que je décide de rester illégalement pour travailler dans leur pays.

J’ai donc pu monter à bord pour le premier vol Singapour – Colombo où j’étais pas mal le seul Blanc à bord.

Inspecteur Colombo

J’arrive à Colombo, capitale du Sri Lanka et c’est là, pour la première fois du voyage que je me suis vraiment senti loin de chez-moi. Un aéroport minuscule. Dans la zone de transit, des boutiques de thés ceylan, des barbus à turbans Sikhs, des Hindous colorés, des moines tibétains, des Arabes en longues toges. Enfin, tout ce qui existe dans le coin avec des endroits pour prier Allah, Bouddha ou ta divinité hindoue favorite.

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Habituellement, pour prendre ton vol vers l’Inde ou le Pakistan (car c’est pas mal ça qu’on offre ici comme liaison), tu dois attendre à la chaleur dans la grande salle. Mais pour Oman, oh que non! Une salle privée, climatisée, contrôlée, à l’extérieur de la foule. Et dans cette salle, bin oui, votre seul Blanc favori. Et là, on te regarde curieux ou on skype fort au téléphone et ce… jusqu’à ce que l’avion décolle.

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Ouais, c’est pas mal les moins disciplinés que j’ai vu en avion… et j’ai pourtant été en France et à Haiti plusieurs fois, hehe!

Pendant le vol, on m’offre de m’assoir sur un 3 siège à moi-rien qu’à moi- au derrière de l’avion. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai apprécié l’offre. Et là, comme j’avais trop lu de bétises sur internet, je m’imaginais que le comptoir à visa sera fermé à l’arrivée de l’avion (22h) et qu’on me metterait sur un vol pour Colombo.

Mais non! Le comptoir était ouvert, j’ai acheté mon visa, j’ai eu une file presque vide pour voir la douanière (couverte) – car je n’étais pas un travailleur, mais un visiteur  – et hop, 25 minutes de taxis plus tard, j’étais à mon hôtel 5*. Oui madame!

L’hôtel Grand Millenium Muscat

Faut le savoir, Muscat, c’est comme Los Angèles, dans le sens où il n’y a pas vraiment de centre-ville compacte où marcher, le transport en commun est pratiquement inexistant et la ville est étendue sur 50 km, reliées par des autoroutes construites par les Américains. Alors je prends possession de ma chambre et par la fenêtre, j’ai une vue imprenable sur le stationnement d’un centre commercial. Une vue digne de mon ancien bureau à coté du Carrefour Laval et de l’autoroute 440 et du Costco.

Pas question de se promener à pieds par ici.

L’intérieur de l’hôtel sent l’encens, il y a des fleurs partout. Il y a une passerelle intérieure pour te rendre dans le centre commercial à coté et une piscine sur le toit.

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Le grand confort. J’ai passé ma première journée à la piscine à préparer la suite et à me remettre des mes 2 vols de la veille.

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Allah d’abord, le Sultan ensuite

Pour comprendre Oman, c’est simple: Allah et le Sultan. Dans cet ordre-là. Le pays est arabo-musulman depuis pratiquement toujours, suivant assez rigoureusement la Chariah, soit la loi musulmane, avec, tout de même une certaine tolérance pour les autres religions comme en témoignent des églises chrétiennes, des temples hindous ou bouddhistes, construites à même les argents du Sultan.

Contrairement à l’Arabie Saoudite ou même les Émirats Arabes Unis, le Quatar ou le Barhein, Oman a toujours été tournée vers la mer et a longtemps servi de carrefour commercial entre les Indes à droite et l’Afrique noire au sud. À une autre époque, Oman s’étendait pratiquement jusqu’à Zanzibar en Tanzanie.Ceci expliquant cela, c’est pour ça que les épices, l’encens et les parfums soient si renommés par ici.

Mais avant 1970, le pays était refermé à sa région, avec très peu d’échanges et d’ouverture vers l’extérieur. Le Sultan actuel, Qaboos bin Said al Said, est l’un de ces dirigeant qui a fait ses études à l’étranger (Angleterre) et y a même obtenu un rang militaire. De retour au pays – et avec ses idées occidentales – le pas-encore-sultan était considéré par son père comme un être trop avant-gardiste pour le bien du pays et s’est fait mettre en résidence surveillée une bonne partie de sa vie.

Et puis, avec l’aide des monarchies voisines et du MI6 Britannique, notre sultan a renversé son père, s’est nommé Sultan et a lancé une politique de modernisation et d’ouverture du pays. 47 ans plus tard, son pays s’est développé, diversifié, pacifié, même si le critiquer peut te mettre dans le trouble, qu’il a tous, mais tous les pouvoirs et que les travailleurs immigrants ne seront jamais naturalisés omanis. Enfin.

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Ceci dit, on voit pas mal plus de locaux – dont les vieux te disent bonjour – qu’à Dubaî ou Abu Dhabi où tu as l’impression d’être seulement en Inde avec les travailleurs pour qui les villes ont été bâties. Ici, tu vis avec les locaux. Toutes les femmes arabes sont couvertes, certaines portent le full-face, sauf pour les yeux, le Sultan l’ayant interdit.

Les femmes hindoues ne se couvrent pas du tout et seuls les hommes omanis portent l’habit traditionnel (dishdasha), fait de coton blanc confortable et le chapeau fait sur-mesure par sa femme (Kuma).

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Et ici, on se couvre minimalement des épaules aux genoux. Et si tu veux vraiment te faire respecter: des pantalons. Les sandales sont portées par tous les hommes. C’est déjà ça pour évacuer la chaleur. Les shorts, les t-shirts, les camisoles? Idéalement sur la plage et à la piscine seulement.

Mutrah, son souq et sa corniche

Le sultan a modernisé le pays en construisant des autoroutes. Alors je demande au concierge les tours disponibles pour visiter le coin vu qu’à peu près rien ne se fait à pieds. Il me sort quelques brochures, fait quelques appels. Pour un tour privé en voiture de la ville, avec guide local: 400$. Pour aller voir le fort et le souq de Rustaq (voir plus bas): 600$ la journée.

C’est alors qu’il me suggère simplement de faire comme tout le monde ici : me louer une voiture. C’est pas cher et l’essence non-plus. On vient te porter la voiture à l’hôtel quand tu veux et tu peux la laisser à l’aéroport. 45$ par jours pour une Toyota Corolla, toutes assurances incluses, avec un GPS.

C’est ce que j’ai fait. Faire le plein? 18$.

Conduire ici, c’est comme conduire aux États-Unis, dans le sud-ouest, là où c’est désertique, comme mon voyage de l’année dernière dans ce coin-là. Toutes les indications sont en arabe et en anglais. Sinon les pictogrammes sont faciles à comprendre.

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Alors premier arrêt: la corniche et le Souq du quartier de Mutrah. Je me stationne près du bord de l’eau, je regarde la température: +42c.

Je commence mon exploration en essayant de m’orienter et de trouver quelques beaux angles de photos et y a ce vieil homme, omani, habillé de sa longue toge blanche, son chapeau caractéristique et sa face plissée de soleil qui me fait des sourire et m’invite à m’assoir à coté de lui.

M. Abdallah, un pur omani arabe musulman me parle de son pays, des fruits secs et des dattes, de la chaleur, des touristes. Me pose des question sur le Canada, me donne quelques conseils d’habillement en me disant qu’à moins d’être converti à l’Islam ou d’être né ici, je ne devrais pas porter la toge blanche pour me fondre dans la culture locale. J’ai compris que c’était comme si on allait au Japon s’habiller en geisha.

On se sert la main, In’ch’Allah, il me souhaite bon voyage et je suis parti pour marcher le long de la corniche. Ici, le jour, tu as la ville pour toi. Y a pas un touriste en cette saison et les locaux eux, restent en dedans, évidemment.

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Et puis, arrive le souq. Le marché couvert où tu peux trouver n’importe quoi, selon l’heure que tu y vas. C’est ouvert officiellement de 8 à 13 et de 17 à 22h. Quand je suis passé, vers 13h30, tout était pas mal fermé. Ça donne un air assez lugubre et je me demandais même si on avait pas un peu exagéré la réputation de l’endroit. Bah.

 

Mais y a toujours quelques Indiens qui sont ouverts et qui essaient de t’inviter dans leur boutique. Ce qu’ils vendent: des vêtements locaux, des parfums et surtout: de l’encens!

Oman est reconnu pour la qualité de ses parfums, réalisés avec les ingrédients de ses anciennes conquêtes africaines. Le problème c’est que si tu trouves le parfum de tes rêves, à moins d’en acheter un conteneur, tu vas finir par en manquer et ne pourra jamais le retrouver chez-toi. Alors on laisse faire.

Et puis, y a ce gentil monsieur indien qui m’invite dans sa boutique. Il sort un tabouret pour que je m’assoie et commence à me déballer son discours (et son stock) d’encens. J’avais aussi lu qu’Oman est reconnue mondialement pour la qualité de ses encens.

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Mais attention, oubliez ce que vous avez pu sentir à l’église, ici on parle d’encens de méditation, d’aromathérapie et tout et tout. Alors il me fait sentir, à l’aide d’un brûleur ses différents encens. Et on jase, et on se donne des nouvelles de nos familles (comment il va ton cousin, comment elle va ta mère et tout et tout). C’est un rituel, tu n’as pas le choix (ou le droit) de faire autrement.

Au final, je me retrouve avec d’excellents encens qui sentent déjà dans ma chambre d’hôtel, qui m’ont débloqué les voies nasales et qui font tout simplement du bien comme odeur ambiante.

Je lui demande s’il ne pourrait pas me rajouter quelques dattes d’Arabie Saoudite? À Dubaï, on nous avait amené dans un marché de dattes et on nous avait expliqué que les meilleures, celles de l’Arabie Saoudite n’étaient vendues qu’aux pays musulmans de la région. Et bien, il m’en a trouvé. Avec les dattes, la résine d’encens.

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La mienne est plus grosse que la tienne

Quand notre ami le Sultan d’Oman a fait construire de sa poche la plus grande mosquée de la région, l’Émir d’Abu Dhabi, le Sheik Zayed lui a ravi la première place avec la sienne, 400 millions de dollars plus tard. Je l’avais d’ailleurs visité et avait été tout simplement émerveillé.

Qu’à cela ne tienne, la 2e plus grand du coin, celle de notre Sultan Qaboos est, elle aussi tout simplement magnifique et te laisse sans mot. Il a dans ces mosquées une fraicheur, une douceur et des jardins reposants. Il a beau faire chaud à mourir, la construction est faite de manière à ce que tu puisses marcher à l’ombre et que le plancher (en marbre) ne soit jamais vraiment trop chaud après que tu ailles enlevé tes souliers. Cette fois-ci, j’avais mes pantalons et une chemise, donc j’ai pu entrer sans me vêtir comme à Kuala Lumpur. Mais sinon, on te prête une toge et pour les femmes, tout le kit pour te couvrir les cheveux, les épaules et les genoux.

Et puis, tu as les classiques: salle de prière pour les femmes, séparée de celles des hommes, des corans disponibles, quelques infos sur l’Islam en général. L’endroit est accessible aux non-musulmans de 8 à 11h à tous les jours, sauf le vendredi, LA journée pieuse pour eux.

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Le Palais Al Alam

Je remonte dans la voiture, et quelques kilomètres plus tard, je me retrouve – encore seul – dans les jardins du Palais Al Alam, avec sa vue imprenable sur les forts dans la montagne.

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Le fort de Rustaq

Fier de ma première journée en voiture, c’était le temps de partir « en région » pour aller voir le fort de Rustaq à environ 1h30 de Muscat. Mon valeureux GPS ne connaissait pas l’endroit et j’ai dû arrêter dans un café local pour demander mon chemin à des gentils omanis qui baragouinnaient l’anglais comme je baragouine l’arabe. Mais ici, ces descendants des hommes du désert ont dans leurs gênes d’aider le pauvre étranger perdu, ce qu’ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient.

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J’ai fini par m’y rendre. Encore une fois tout seul comme touriste alors que les Omanis qui te vendent le billet à l’entrée sont nu-pieds, assis sur un tapis à jouer au baggammon sur des tapis, au frais en se demandant ce que toi, Blanc, tu viens faire ici à +45 pour voir un fort et te prendre pour Laurence d’Arabie.

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Un bon deal

Voyager comme ça, ca comporte ses besoins aussi terre-à-terre que de laver ses vêtements. Si à Kuala Lumpur, j’avais une laveuse dans mon studio, 10 jours plus tard je me retrouve avec le besoin de faire du lavage. Oh bien sûr, les hôtels chics t’offrent le service, à 3$ la paire de culotte et 4$ le t-shirt. Mais ici, avec une voiture et des commences d’Indiens à proximité, le mieux est de te trouver une buanderie-qui-fait-vivre-la-famille-et-qui-leur-permet-de-renvoyer-de-l’argent-en-Inde avec qui faire affaire.

31 morceaux à laver m’auraient coûté 125$ à l’hôtel. Prix final: 15$ ici.

Repassé, séché. Rires inclus.

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