2 jours à Budapest

J’étais passé à Budapest juste avant le post-doc en 2008. C’était en février, c’était l’hiver et c’était plutôt tranquille. Là, 9 ans plus tard, je reviens en plein été, juste après mon escapade en Serbie. Et quel changement! Au pays du paprika et des saucissons épicés, tu es en maintenant en Europe centrale, dans l’ancien empire de l’impératrice Sisi, dans un pays à la langue incompréhensible, avec une touche de Turquie, des bains, des terrasses, des palais et beaucoup de soleil.

Un peu d’histoire et de géographie

La Hongrie et ses hongrois, c’est un peu un miracle qu’on la retrouve ici en Europe. Sa population, des Magyars provient de tribus d’Asie Centrale. Pas slaves, pas germains, pas romains, pas celtes, pas goths: de ailleurs. Et dans l’histoire, la Hongrie sera romaine, ottomane (turque), autrichienne, nazie, communiste et depuis peu, dans l’Union Européenne.

Pendant le règne de l’Empire Austro-Hongrois, l’Impératrice Sissi aimait bien venir se prélasser en Hongrie et à Budapest, loin des intrigue de la Cour royale de Vienne. La Hongrie, c’était un peu le terrain de jeu de l’aristocratie autrichienne qui venait y passer du temps dans sa 2e capitale.

Sissi

C’est à la fin de la guerre de 1918 que l’empire austro-hongrois vaincu se fait découper par les puissances européennes victorieuses. Et comme on n’avait surement pas invité de géographes à la signature du traité du Trianon à Versailles en 1920, le nouveau découpage de la Hongrie lui a fait perdre près de 60% de sa superficie au profit de ses voisins et par le fait même, de 30% de la population qui se retrouve désormais éparpillée notamment en Serbie, en Croatie en Tchécoslovaquie, en Ukraine et en Roumanie. Et voilà le début du trouble à venir.

hongrie-trianon

Histoire d’espérer récupérer ses morceaux perdus, la Hongrie n’hésite pas à se lier avec l’Allemagne nazie, avec la conviction de réparer les torts commis lors de la capitulation de 1918 – un peu à l’image des Allemands vaincus finalement, qui permet de se demander à quoi pensaient les vainqueurs en 1918 en humiliant les vaincus de cette manière et en mélangeant les populations ainsi-.  Mais je diverge.

Pendant la confusion de la 2e guerre mondiale, la Hongrie envahi et récupère la Voïvodine où je me trouvais hier  avec sa minorité hongroise et la Transylvanie roumaine. Trop heureux de son coup éclair, l’amiral et dirigeant du pays Miklós Horthy déclare ensuite la neutralité du pays pour le reste de la guerre. Mais faire confiance aux Nazis fut une erreur et l’Allemagne envahie la Hongrie en 1944, chasse Horthy du pouvoir et le replace par un fasciste de première: Ferenc Szálasi, chef du parti des croix fléchées. Et ce salaud a ainsi contribué au massacre de la population locale et juive, en donnant l’ordre de les assassiner lâchement par balle sur les rive du Danube, dont un mémorial témoigne de ce moment.

Aujourd’hui, quand on regarde les alentours, les palais, le Danube, la belle journée, c’est pratiquement impossible de comprendre qu’on puisse faire de tels gestes de haine.

Les soviétiques chassent les nazis en 1945 et bien que Staline avait promis de se retirer d’Europe de l’est à la fin de la guerre, il décida d’étirer sa visite et mis le pays sous son giron et la Hongrie est donc devenue communiste. En 1956, le nouveau dirigeant soviétique Nikita Krouchtchev trouve que la Hongrie commence à prendre quelques libertés avec à sa tête, le premier ministre réformateur Imre Nagy et décide d’envoyer les tanks pour mater la dissidence et l’insurrection qui menace les idéaux communistes et le pouvoir de Moscou. Résultat: 3000 morts et l’arrestation du PM Nagy (qui sera exécuté 2 ans plus tard). Un mémorial devant le parlement témoigne de ce moment et oui, ce sont des trous de balles qu’on y voit.

Arrive 1989, le rideau de fer tombe, la frontière autro-hongroise est la première à s’ouvrir et l’ouest accueille ses premiers réfugiés/visiteurs après près de 50 ans de fermeture de ce qui a déjà été « le même pays ».

chute

La Hongrie joint l’Union européenne en 2004 et est sur la voie de l’occidentalisation. Et puis, c’est l’ère de Viktor Orban, les très conservateur PM, celui qui refuse le passage les réfugiés syriens en direction de l’Allemagne… celui qui semble avoir oublié que 20 ans auparavant, les réfugiés vers l’ouest, c’était ses Hongrois…

Subotica à Budapest en train

J’avais noté que mon train partait de Subotica en Serbie à 12:02. Alors je me suis rendu à la gare après mon check-out, pour voir que sur les pancartes on indiquait des heures impossibles.

Ahhh, ne me dites pas que j’ai manqué mon train!!

Je décide de  me rendre sur les quais, pour demander et je vois quelques wagons et des gens qui montent à bord, même si à cette heure-ci il n’y avait aucun départ de train de prévu. Je demande: Budapest? Da, da. Mais c’est indiqué Belgrade sur la porte (l’autre direction)? J’essaie de comprendre et on arrive à m’expliquer en Serbe qu’ils n’avaient simplement pas retourné la pancartes qui devait indiquer: Budapest.

Très professionnel.

Je monte à bord. Un douanier serbe vient inspecter mon passeport (c’est la dernière ville avant la frontière). Il essaie de scanner mon passeport dans sa machine portative mais ça ne fonctionne pas.

  • Il me dit: il y a un problème avec votre passeport.
  • Êtes-vous certain que ce n’est pas votre machine qui a un problème (après tout, j’ai fait le tour du monde avec ce même passeport…), lui répond-je
  • Il rit et me dit que les machines serbes ne sont pas fiables. Il me demande ce que je fais dans la vie: planificateur de transport. Il rit encore et me demande comment on pourrait améliorer les transports dans son pays? Et il s’en va.

Le train se met en route avec 20 minutes de retard. On traverse la frontière et c’est au tour des douaniers hongrois de venir contrôler mon passeport. Pas un mot, une étampe et c’est fini. Chemin faisant, le paysage est plat et agricole. On se croirait sur la Rive-Sud de Montréal vers Saint-Hyacinthe ou Beloeil. 3h40 plus tard, je suis à Budapest. J’essaie de changer mon argent serbe restant à la gare mais aucun bureau n’en veut.

Too bad, ca restera comme souvenirs.

Rome+Istambul+Vienne=Budapest

Sans le savoir, j’ai loué un petit appartement dans ce qui pourrait être le Westmount de Budapest. Près d’ambassades et d’écoles privées, les rues sont tranquilles, les maisons sont cossues et les gens sont relax. Je marche de la gare jusqu’à mon appartement (environ 25 minutes), je rencontre M. Gabor (comme dans Zsa Zsa Gabor) il m’explique l’endroit, je lance une brassée de lessive et je pars explorer les alentours du parlement.

Ici, on se sent vraiment dans une zone de transition en Europe. Pas vraiment en Europe de l’est, pas complètement en Autriche, mais pas non-plus dans les Balkans comme en Serbie où tu as l’impression que la guerre peut recommencer n’importe quand. D’ailleurs, on sent que les gens sont naturellement moins « de mauvaise humeur », que les hommes ont moins l’airs de brutes et qu’on regarde davantage vers l’ouest qu’en Serbie.

D’un coté du Danube, tu as Buda, sur la colline avec sa forteresse, son château, ses caves et sa vue imprenable sur la Danube. Sur l’autre, Pest, l’ancienne ville, le centre historique, les monuments, les commerces et tout le reste. Cette fois, ma visite se concentre principalement du coté de Pest, ayant fait Buda intensivement la dernière fois en 2008.

C’est un peu comme à Vienne avec ses palais, son opéra, ses cafés où l’on sert des gâteaux succulents, un peu comme à Rome avec ses ruines de l’Antiquité, un peu comme Istanbul avec ses bains, spas et termes et un peu comme Paris, avec ses larges avenues et boulevards. Le métro est le 2e plus ancien du monde, après celui de Londres.

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Il fait beau, il fait chaud (+30c). Comme c’est une destination low-cost à partir de Paris, on entend beaucoup de Français sur la rue.

Les boucheries sentent encore Balkani au marché Jean-Talon et on prends les saucissons et le paprika très au sérieux ici.

Le Danube Bleu

Le Danube Bleu, valse viennoise célèbre et fleuve du même nom est particulièrement majestueux à Budapest, avec une vue imprenable à partir du célèbre pont des Chaînes ou tout simplement en promenade le long de ses rives

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Du coté gauche du fleuve (Pest), on retrouve notamment le parlement hongrois (la couple au fond).

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Du coté de Buda, églises et forteresse.

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Ville de caves

J’ai pu visiter le labyrinthe sous le chateau de Buda, avec des dessins préhistoriques -enfin, des reproductions d’originaux retrouvés dans la région-, des empreintes de pas qui dateraient de 40 millions d’années…

Il faisait frais dans le labyrinthe, au moins 20 celcius.  C’est légèrement éclairé, avec des sons d’ambiances et des sculptures et dessins sur les murs. À la fin de la visite, on se retrouve dans une pièce complètement dans l’obscurité où il faut trouver son chemin, avec son courage. Un couple de Français pas trop courageux ont utilisé la lumière de leur Iphone pour sortir et je me suis permis de leur dire: ouin, pas trop courageux votre affaire… l’effet était ruiné.

Ville de spas

Budapest est évidemment reconnue pour ses spas, ses bains et se termes et ce, dès l’époque romaine. Mais ce sont les Turcs qui en ont fait une véritable institution. J’y vais cet après-midi, après y avoir déjà goûté en 2008.


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